PRINCESS ANIES

PRINCESS ANIES, je l'avais découvert via un premier maxi et ensuite sur son excellent album. Des textes conscients qui te restent dans la tête, grâce à un flow maîtrisé et une musique explosive. Certes son rap n'est pas anti-marchand ou ultra-underground. Mais je trouve sa démarche sincère et intéressante. De plus, le rap féminin n'est pas dès plus reconnu (je ne parle pas de la soupe r'n'b), alors c'était l'occasion rêvée de donner la parole à une spécialiste!
"Princess Aniès artiste solo activiste spécialiste / Pour foutre une fois de plus le feu dans ta sono / Tu veux ptetre savoir qui je suis alors écoute bien ce qui suit…"

01. Bonjour princesse! Peux-tu te présenter? Qui es-tu, que fais-tu, age…
Je suis une rappeuse qui vient d'avoir 26 ans (et oui je commence à me faire vieille!!). Je rappe depuis 94 environ. J'ai commencée assez jeune le rap avec 2 copines quand j'habitais à Pontoise. Sinon qui je suis, je ne sais toujours pas!! Mais je m'efforce à trouver la réponse tous les jours!

02. Depuis quand es-tu dans le rap? Tu veux bien me retracer ton parcours? Quelles sont tes influences? De quels groupes te sent-tu proche?
Je suis dans le rap depuis 94 comme je t'ai dit. Je commençais à écrire des textes avec mes 2 potes. On rappait sur ma chaîne hi-fi dans ma chambre. Et puis j'étais à l'affût de tout ce qui se faisait dans le rap français, donc j'écoutais la radio, j'achetais les mags etc... Jusqu'au jour où je suis tombée sur un article de D.ABUZ SYSTEM (un groupe que j'écoutais sur Nova et que je kiffais bien). Y'avait un numéro de tel et une adresse postale pour qu'ils reçoivent les maquettes. Alors j'ai prit mon téléphone et je les ai contactés. Puis, étonnés que ce soit une fille qui les appelle, ils m'ont demandé de passer directement chez eux. C'est là que ma 1ère rencontre professionnelle s'est faite. J'ai découvert le rap un peu grâce à un de mes grands frères. Il m'a amené le disque de PUBLIC ENEMY. Et BOB MARLEY aussi. Je kiffais grave BOB MARLEY (un peu comme tout le monde en même temps). Et puis j'écoutais vraiment toutes les radios. Du coup je me suis fait une culture rap toute seule, en écoutant des trucs pourris comme des pures bombes. J'ai été influencé par pleins de groupes comme KRS1, BLACKSHEEP, JAY Z... Et en France par NTM bien sur, et tout ce qui était encore dans l'underground. Enfin bon, pour mon parcours, j'ai posé sur une compile qui sortait dans une maison de disques "Barclay". Du coup, on a fait une bonne tournée à travers toute la France. Moi j'avais 16 ans, et je faisais tous les concerts, les magasines, radios etc... donc c'était ma 1ère vraie expérience professionnelle. Ensuite, j'ai fait pas mal de scènes, de mixtapes, de compiles. Un peu comme tous les gens du rap!
Je me sens proche d'AMARA, c'est un rappeur qui déchire, il a des putains de textes et des images de malade. Je travaille avec lui car il est trop talentueux. Voici son site en construction: www.amaralesite.com c'est un mec humble en plus, ça change tellement des mecs de ce milieu! Y'a aussi KOOL SHEN que je respecte par rapport à son parcours et tout ce qu'il a fait pour le hip-hop. Je suis signée dans son label et on fait pas mal de ses 1ère parties, dont sa dernière date au Zénith. Je me sens proche de son état d'esprit et de son activisme pour le hip-hop. Et je me sens proche de D.ABUZ SYSTEM aussi, même si le groupe n'existe plus aujourd'hui. Abuz reste pour moi une référence rap incontournable dans le paysage rap français.

03. Tu fais aussi partie du groupe LES SPECIALISTES. Tu m'en dis un peu plus s'il te-plait? Quelles différences par rapport à ta carrière solo?
J'ai rencontré Tepa quand j'ai contacté D.Abuz car il est le frère de Mysta D. (le concepteur sonore du groupe). On faisait les scènes ensemble et on s'entendait vraiment bien. Du coup, on s'est dit qu'on allait monter le groupe ensemble. Il existe officiellement depuis 97. On a sorti notre 1er album en 99. Et là on vient de sortir le 2ème en début d'année. J'ai sorti un album solo en 2002. La différence par rapport à une carrière solo c'est qu il y a 2 cerveaux sur le même projet. Un album solo c'est beaucoup plus perso, y a des thèmes que tu ne peux pas traiter en groupe. Y'a vraiment de bons moments qu'on a passé ensemble, surtout quand on a fait des scènes. Sans compter toutes les scènes avec D.Abuz où j'ai passé les meilleurs moments niveau rap durant ma "carrière ". Les choses ont changé depuis; on a grandit, la musique a changé, tout le monde rappe... Y'a toujours cette flamme qui m'anime mais la magie est moins présente qu'à mes débuts. Enfin bon, une carrière solo c'est aussi être face à soi-même. Si ça marche ou non, c'est à toi que tu t'en prends. Tu es confronté à plus de choses etc. Je trouve que c'est plus intéressant quand même, car c'est plus d'investissements personnels et de travail.

04. Quelle est ta discographie à ce jour? Quelles-ont étés les réactions par rapports à la presse (mag et zine, radios), public…
1999: maxi "Retour de l'enfer", 1er album des SPECIALISTES
2002: maxi "Celle qui", maxi "Authentik style", maxi "Qui est le sexe faible", 1er album solo "conte de faits"
2003: maxi "J'comprends pas"
2005: 2ieme album SPECIALISTES "reality show"
Y'a eu énormément de mixtapes depuis mes débuts (presque une centaine), des compiles et des featurings, des maxis... Et là je suis en pleine préparation de mon nouvel album solo.
Les réactions ont toujours été bonnes. Par contre, j'ai toujours plus intéressé la presse, la télé que les radios. Les radios ont du mal à passer nos sons, peut être que ça ne rentre pas dans leur format. Sinon j'ai été contacté par pas mal de monde, des émissions comme "ça se discute", "20h10 pétantes", "Cas d'école"... etc. Pour les mags par le nouvel obs, libé, le monde.. Et bien sur tous les magazines hip-hop et fanzines, blacklistes. Tous ceux qui s'intéressent au rap underground. Le public en concert est assez mélangé, y a des couples qui viennent (ce qui est rare dans le rap dit underground), des trentenaires, des kailleras, c'est vraiment du monde de tous les horizons. Et le public kiffe le rap à messages, donc l'accueil a toujours été positif, et j'espère qu'il le restera!!

05. En tant que femme, as-tu eu plus de difficultés pour t'imposer dans le milieu? As-tu éprouvée une certaine hostilité à ton égard?
Aucune hostilité, contrairement à ce que les gens se font comme idée. Au contraire, tu te fais remarquer tout de suite, vu qu'il n y a presque aucune meuf qui rappe. Par contre, j'ai rencontré des filles qui me disent que c'est vraiment difficile pour elles. Que les mecs leur baratinent des trucs, leur promettent monts et merveilles... Etc. Je suis tombée quand j'avais 15ans avec D.Abuz, donc j'avais déjà un passe droit dans le milieu rap! Ça m'a sûrement facilitée les choses! Et de plus, j'ai un caractère assez trempé. Si t'as pas des "couilles", je pense que tu n'es pas fait pour le milieu artistique quel qu'il soit.

06. Comment se passe la création de tes morceaux? De la p'tite germe d'idée jusqu'au studio d'enregistrement. Comment bosse-tu les instrus, avec qui?
Tout peut intervenir dans mon travail: un truc qui va me marquer quand je vais marcher dans la rue, un reportage à la télé, une expérience douloureuse que je vais vivre... etc. Les instrus je les sélectionne à différents producteurs. Pour mon nouvel album que je prépare, je pense que je dois avoir presque 1000 sons à sélectionner!!! Y'a tellement de producteurs que je trouve la chaussure à mon pied au moindre détail. Le plus dur reste pour moi l'écriture et la mise en forme. C'est à dire mettre exactement en oeuvre ce que je prévois et l'appliquer. Le rendu doit être ce que je pense à la base. Les flows doivent toujours être travaillés, de ce fait on doit toujours être à l'affût de ce qui sort, surtout au niveau rap américain, car au niveau flow ils sont vraiment meilleurs que nous! Et le rap est un challenge, c'est comme un sport de haut niveau!

07. J'aime bien ton flow. Je le trouve à la fois rapide et limpide. Comment le travail-tu? T'as des trucs pour bien le maîtriser, pour ne pas t'emmêler ou avoir de trous?
Le flow est à travailler continuellement. Des mecs comme Akhenaton ou Kool Shen appartiennent à la old school et sont pourtant toujours à la page. Tu peux louper un wagon et être totalement à la ramasse. Le flow c'est ce qui va accrocher, même si le texte prime, il faut que la forme soit là quand même! Après le travail du flow c'est d'écrire tout le temps. D'écouter aussi ce qui ce fait aux States par exemple. Mais le travail du flow varie selon les personnes. Certains vont faire du yaourt puis trouver les paroles (comme ce qui se fait en général dans la chanson). D'autres vont le travailler pendant qu'ils trouvent le sens. Moi, je fais tourner une prod qui me plait et j'écris!

08. Parles-moi de tes textes, stp. De quoi parles-tu, quels messages essais-tu de faire passer à travers tes mots? Le public vient-il à ta rencontre après un concert, pour en discuté?
Je parle dans mes textes de mon vécu en général. Mais pas seulement de ça, je peux parler aussi de choses qui me touchent qui m'interpellent, que ce soit ce que je vois dans mon quotidien, ou même dans des reportages. Après ça peut varier, passer de la politique au social, ou même être dans des thèmes plus légers. Moi personnellement je privilégie les textes à messages mais je ne pense pas que le rôle premier de la musique soit politique. La musique est avant tout un divertissement. Bref, je peux parler dans mes textes de la condition féminine, de l'homophobie, des conditions sociales, de politique... etc. Le public vient me voir à la fin des concerts que ce soit pour parler de mon discours ou pour me rencontrer. Mais les gens qui viennent me voir ne sont pas tout engagés ou militants. C'est vraiment varié.

09. Personnellement, je pense que le milieu hip-hop est très sexiste et misogyne. Selon toi, d'où est-ce que ça vient? Provocation, tradition, éducation…?
Le milieu hip-hop n'est pas du tout machiste. C'est ce que les médias véhiculent. Au contraire, je les trouve très ouverts envers les femmes! Je n'ai jamais rencontré de difficultés à ce niveau là. Le problème vient des médias. Ils veulent faire croire au grand public que le rap est une musique à bannir, que ceux qui font du rap sont des sauvages. Pour eux, le rap vient des quartiers populaires, du coup qui dit quartier dit racaille, dit pit bulls, dit femmes non respectées, dit shit, dit alcool, dit violence... en fait tous les clichés! Par contre il est vrai que pas mal d'acteurs de ce mouvement jouent le jeu des médias en mettant des femmes dénudées, en parlant de manière misogyne... c'est pour l'image en fait. Si tu veux, c'est plus de la demago qu'autre chose.

10. Crois-tu que ces groupes ont une responsabilité vis-à-vis du manque de respect pour la femme dans les quartiers? Tu conçois qu'un jour il y aura une véritable remise en question envers ces comportements de merdes? Tu pense pouvoir y jouer un rôle?
Non, je ne pense pas que ça a un rôle si important que ça. Un connard restera un connard. Un mec qui ne respecte pas les femmes n'est pas influencé par un texte de rap. Je pense que c'est plus lié à son éducation ou lié à l'environnement dans lequel il évolue. Des mecs qui ne respectent pas les femmes sont tous aussi nombreux au fin fond des campagnes que dans les cités (DC – Alors là, tout à fait d'accord avec toi!). Le problème c'est qu il y a toujours un manque d'égalité entre la femme et l'homme. La femme avec les mêmes diplômes qu'un mec sera beaucoup moins bien payée. La femme est beaucoup plus touchée par le chômage, le travail précaire, le travail à mi-temps... Dans notre pays, la parité n'a pas vraiment de sens. Je ne pense pas que les choses vont en s'améliorant. Je suis assez pessimiste à ce niveau là. Les jeunes n'ont plus de repères et ont des pensées de plus en plus moyenâgeuses!!

11. Ton "succès" a-t-il donné envie à d'autres femmes de s'impliquer-elles aussi dans le rap? Quels groupes féminins nous conseil-tu?
Je pense que mon petit succès a donné envie à pas mal de femmes de se lancer dans le rap. Je reçois pas mal de mails, lettres etc... Et quand je fais des concerts, des filles viennent me voir pour me demander des conseils ou pour me parler de leurs expériences dans le rap. Je pense que je suis quand même un bon exemple pour les filles, pas un exemple pour le succès car je ne suis pas connue du grand public, mais un exemple de détermination et de persévérance. De plus, je ne me suis jamais formatée et j'ai toujours sorti mes disques en indé et je pense que le public ressent tout cela. Pour les conseils, la seule chose que je peux conseiller c'est le travail et la persévérance. Ne pas se faire d'illusions non plus car le milieu artistique quel qu'il soit est difficile. Combien d'entre nous galèrent depuis des années?? Il faut bien se dire qu'on va galèrer et que le frigo va être plus souvent vide que rempli.

12. Te considère-tu comme étant une artiste féministe? Si oui, ça signifie quoi, concrètement?
Oui, je suis féministe. Et je pense que les hommes et les femmes qui ne le sont pas sont des arriérés! Etre féministe c'est se battre pour la condition féminine, pour l'égalité des sexes. Bien sur je ne suis pas en guerre contre les hommes, mais plutôt en guerre avec les hommes!! Pendant des années je n'ai pas aimé quand on m'a qualifié de féministe car je pensais que cela avait une connotation négative; alors qu'au contraire ça ne peut être que positif!

13. Quelle est ton avis sur le collectif Ni Pute Ni Soumise? Arriveront-elles à faire évoluées les mentalités? N'y a-t-il pas un risque de récupération par l'Etat (comme SOS Racisme) afin d'en faire un simple mouvement citoyen, alors que le véritable problème est le système patriarcal en lui-même?
Je suis marraine du mouvement Ni Pute Ni Soumise. Et je l'assume à 100%. Dans mon milieu c'est très mal vu de soutenir un mouvement comme celui ci. Mais comment ne pas soutenir un tel mouvement. Comme je réponds à la 1ère question, je ne peux que soutenir un mouvement qui essaie de faire avancer les choses et de faire évoluer les mentalités. Je suis allée avec le collectif dans différentes manifestations (débats avec des jeunes, dans des quartiers, manifestation suite à la lapidation d'une jeune femme à Marseille... etc) et j'ai suivi de près leurs démarches et je peux dire et affirmer qu'elles ont soutenu pas mal de jeunes filles en difficulté en leur permettant d'avoir un soutien juridique, psychologique... Les gens ne veulent pas voir la vérité en face. Il y'a certains problèmes dans les quartiers, c'est vrai qu'il ne faut pas généraliser. Mais comment réagir quand j'entends des mecs dire "c'est bon, il y a juste une meuf qui s'est fait brûler, pas la peine d'en faire un drame, en plus elle l'a cherché"!!!!!! Le drame qui s'est passé à Vitry montre bien qu'il y a un vrai malaise! Avant on brûlait les poubelles, puis on a brûlé les voitures et maintenant on brûle les femmes... J'espère que cela fera évoluer les mentalités mais je pense que oui, même si ce n'est que quelques-unes. La récupération politique risque peut être d'avoir lieu. Mais franchement, je n'en tiens pas compte. Le plus important c'est d'aider les jeunes femmes en difficulté, le reste je m'en fous. Et même si certains partis politiques veulent financer et adhèrent aux idées du mouvement, je dis pourquoi pas!

14. Dans ton morceau "tolérance", tu aborde le sujet de l'homophobie. Tout comme le racisme, c'est évidemment une chose à combattre. Le truc qui me gène, c'est justement ce mot, tolérance. N'est-ce pas une façon de dire qu'une personne diffère de la norme, qu'elle n'est pas comme tout le monde? Tolérer peut aussi signifier accepter à contre-cœur, non? Tu vois ce que je veux dire?
Non. Pour moi la tolérance c'est accepter les différences tout simplement. Que ce soit au niveau du sexe, de la religion, de la couleur de peau, de son orientation sexuelle. Je n'accepte pas à contre cœur les personnes qui sont différentes de moi, au contraire j'essaie de les connaître car elles peuvent autant m'apporter que moi je peux leur apporter. La différence c'est la richesse.

15. Revenons à ton album "conte de faits". Avec le recul, comme le juge-tu? Y-a des choses que tu aurais voulu faire autrement? Quelques mots sur les différents feat? Combien de skeuds ce sont écoulés?
Je suis super fière de cet album car je l'ai conçu de A à Z. Avec des bouts de ficelles, j'ai pu sortir un album, faire de la promo et faire une tournée. Aller à Madagascar, au Gabon... Des TV m'ont contacté. Ça m'a apprit pas mal de choses, car j'ai été sur le terrain 24h/24! C'est dur de tout faire, de la production à la promotion, mais quand tu as les résultats, tu ne peux qu'être fière et te dire que c'est ton art qui parle et pas ton argent qui a convaincu les radios, ou les TV. Si tu veux, le marketing s'est fait uniquement avec mes morceaux et pas avec un gros budget. Car il ne faut pas se leurrer, mais les majors sont quand même décisives pour ton passage en playlist, pour ton rédactionnel etc.. Et vu que j'ai quand même eu beaucoup de choses, ça a été grâce à moi et non pas grâce au fric. Après bien sur qu'artistiquement, j'aurais bien aimé faire autrement sur certains morceaux, j'aurais prit de vrais studios, un vrai ingé, j'aurais pris mon temps pour concevoir les morceaux. Bref, tous ces petits détails. Le livret aussi. Je pense que j'aurais fait autre chose, pas pour la pochette car je la kiffe mais les photos à l'intérieur qui ne me représentent pas finalement.
Pour les feats, ça à été la famille surtout qui a posé. Je me suis vraiment fait plaisir. Je suis contente qu'Oxmo ait posé car j'adore le résultat qu'on a fait, et on se connaît depuis tellement d'années qu'il était normal de concrétiser! lol Bref... je suis contente de mes feats. Et sinon au niveau des ventes j'ai été la meilleure vente en autoprod avec à peu près 20 000 copies écoulées. Je suis assez contente. Surtout que mon album a été commercialisé uniquement 6 ou 7 mois puisque que la distrib a déposé le bilan en signant tout et n importe quoi!

16. J'ai remarqué que sur le livret CD, il n'y avait que les paroles d'un seul morceau, pourquoi? N'est-ce pas une erreur lorsque l'on à des textes assez conscients comme les tiens? (C'est vrai que dans l'rap, les paroles sont plutôt compréhensibles… contrairement au punk, hihihi!)
Oui c'est bien une des choses que j'aurais fait dans cet album, c'est le livret! Avec les erreurs on apprend. Le graphiste avec qui je travaillais (c'est le même encore aujourd'hui) ne savait pas trop utiliser tous les logiciels, donc on a tout fait sur le tas! Maintenant il a bien progressé d'ailleurs il a fait la pochette de LINO, LES SALES GOSSES, ROHFF... et mes prochains projets aussi! Je fonctionne beaucoup à l'affectif et à l'humain. Sinon j'aurais bien kiffé mettre tous mes textes dans le livret mais dans les prochains projets c'est sur que c'est ce qu'on va faire!

17. Tu remercie ta famille de Taiwan. J'en déduis que tu es d'origine Taiwanaise, non?! En fait, je voulais savoir si tu avais connaissance d'une scène rap là-bas? Si oui, merci d'en parler un peu!
Oui je suis à moitié taiwanaise. Par contre, je ne sais pas du tout s il y a une scène rap importante la bas. Je sais qu'il en existe une. Ce que je sais, parce que mes 2 frères ont habité quelques années en Chine, c'est qu'il existe une grosse scène rap en Chine populaire.

18. Et le fait d'être sur un label indépendant, c'est un choix délibéré? Les majors n'ont-elles pas tendances à aseptiser la véritable nature du hip-hop?
Je pense que si tu ne veux pas te formater, tu ne te formates pas. Une major voudra aseptiser, comme tu dis, ton rap, car son but c'est de vendre à un maximum de gens. Mais si toi en tant qu'artiste tu leur dis "fuck" ils ne pourront pas changer ta ligne artistique. Sauf si toi tu veux rentrer dans le moule et jouer à leur jeu. Le fait d'être indé est un choix mais c'est vrai que c'est super dur et qu'un partenariat avec une major me ferait du bien. En fait, il me faudrait un partenaire financier sans directeur artistique!

19. Vis-tu de ta musique (ou aimerais-tu en vivre)? N'y a-t-il pas une contradiction à vouloir transformer une forme contestataire en un métier?
Je vis de la musique mais à quel prix !! C'est difficile de vivre de sa musique! Moi j'ai de la chance quand même. J'ai vendu pas mal de disques en indé, j'ai eu des avances de chez IV MY PEOPLE, donc ça m'a permit de vivre correctement. De plus, le fait de faire pas mal de scènes rapporte quand même un peu! Sinon, je ne pense pas que de faire de sa passion un métier change le discours ou autre. C'est à toi l'artiste de ne pas te complaire dans ce que tu vis ou ne pas te laisser emporter par les facilités du show biz! Bordel, il faut garder la tête sur les épaules!


20. Fais-tu beaucoup de concerts? Quels sont tes meilleurs et pires souvenirs de scènes? Quelques anecdotes peut-être?
J'en ai beaucoup fait, surtout après la sortie de mon album solo. Jusqu'à aujourd'hui j'en fait par rapport à mon album, c'est fou de faire des concerts 3 ans après la sortie d'un album!! Sinon c'est vrai que j'adore faire des scènes. J'ai commencé à faire de la scène avant de sortir des disques. Je pense que c'est important d'avoir ce parcours quand on est artiste et non pas le contraire. Car maintenant les artistes sortent des disques et ensuite font de la scène. Alors que la base c'est de faire des scènes quand même! J'ai eu tellement de bons souvenirs que je ne sais pas quoi te dire comme anecdotes. J'ai fait la 1ère partie au Zénith du concert d'adieu de Kool Shen, ça fait plaisir. Mais j'ai préféré l'Olympia un an avant car le public était trop opé! Sinon j'ai kiffé une scène à Rennes il y a environ 2 ans où il y avait 7500 personnes. Les gens ne me connaissaient pas (c'était un festival) et on a retourné! C'est fou mais ça donne des sensations indéfinissables! Faire des concerts à l'étranger aussi c'est kiffant! Sinon le pire souvenir que j'ai eu c'était à Gennevilliers, où on nous a tiré dessus à la fin du concert, en sortant de la salle! Apparemment règlement de compte entre eux, mais nous en plein milieu!! Et encore, rien de grave...

21. Dans le rap, le support K7 (pour les mix-tape) est très apprécié. Comment explique-tu ça? Une façon de réagir contre la monopolisation imposée du CD? Quels sont les avantages de la K7?
Le format K7 n'existe pratiquement plus, tu t'es mal renseigné! lol (DC- Pourtant il y a encore pleins de mixtapes qui circulent, même s'il est vrai que j'ai récemment vu des mix-CD) Surtout que le format k7 n'a aucun n'avantages, surtout au niveau sonore. Non les mecs sortent leurs projets sur CD maintenant. Ou il y a du vinyle aussi mais ça se fait de plus en plus rarement. Je pense que le fait de sortir des vinyles répond à l'attente des dj's. Mais c'est vrai qu'il y en a de moins en moins. De plus, il existe maintenant des platines CD qui fonctionnent comme des platines vinyles avec des scratchs... en plus avec les téléchargements les gens n'achètent plus trop.

22. Si je te dis punk ou hardcore, ça t'évoque quoi? As-tu des liens avec ce milieu?
Non je ne connais pas du tout ce milieu. Je sais juste qu'il y a des revendications. Les gens qui connaissent le rap et le punk disent que le rap est le nouveau punk. Et je ne connais personne de ce milieu mais c'est vrai que ça m'intrigue un peu, et j'aimerais bien connaître un peu plus ce milieu! (Pas de problème princesse! Et j'espère que mon modeste zine sera un premier pas dans ce sens!)

23. Avant de partir, tu veux bien parler de tes divers projets, futur album…
Oui il y a l'album d'AMARA, c'est un artiste qui est sur mon label Tilt. On coproduit son album ensemble. Puis il y aura un projet qui retracera ma "carrière" avec pas mal de morceaux déjà sortis et quelques inédits. Et mon album solo bien sur! (DC- Vite, vite!) Sans oublier les scènes, et mes apparitions sur différents projets dont le nouvel album de IV MY PEOPLE, ou la compile Indipendenza labels... Pleins de nouveaux projets en perspective.

24. Allé, cette fois c'est vraiment la fin! Je te laisse conclure cette interview!
Ben tout simplement merci de t'être penché sur mon album et sur ce que je fais! Ça fait plaisir!

A.J.SON.S
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[MONONOKE #03]