OLLIB

Ollib est un ami de Dijon. Il ne joue pas dans un groupe. Ne fait pas de zine. Ne s'occupe pas d'un label… Mais que fait-il, me demanderez-vous? Et bien il prend des photos! Ollib est photographe indépendant. Il shoot dans divers concerts et festivals, afin de proposer son boulot aux groupes, magazines… Ce gars est dans le milieu depuis de nombreuses années, et par conséquent, a pleins choses intéressantes à nous raconter. Pour info, les photos sont du FURYFEST 2005 et du CALELLA PSYCHO MEETING 2005 (Espagne). Bon, je cède la place à ce mec bien bavard!

01. Salut à toi camarade! Tu veux bien commencer par nous dire qui tu es, que fais-tu, où vis-tu, ton âge… blah, blah, blah
Yo David. Ravi de participer à ton zine amigo... Je m'appelle Ollib. J'ai 32ans. Je suis photographe indépendant et cofondateur avec mon ami et confrère Cédric VIOLLET, du collectif photo "APRIL65". Je vis actuellement à Dijon.

02. Depuis quand traîne-tu tes Vans dans le milieu punk hardcore? Comment et avec quels groupes as-tu découvert ça?
Depuis 1987. Lorsque le skateboard a croisé mon chemin, le hardcore a suivi. A l'époque, le hardcore était la "bande son" du skate. Ce sont les deux rencontres décisives de ma vie. Ces contre cultures ont changées ma manière de voir les choses qui m'entourent, et m'ont permis d'avoir l'esprit plus clair moralement, intellectuellement, mais aussi émotionnellement. Les premiers groupes...STUPIDS, JFA, GANG GREEN, AGENT ORANGE, MINOR THREAT, AGONSTIC FRONT....etc... mais également tous les premiers groupes du label EARACHE (NAPALM DEATH, INTENSE DEGREE, FILTHY CHRISTIANS....etc) 3 ans après nous allions créer BLOCKHEADS avec mon plus vieil ami Xav (et Ben / first line-up) et je dois dire que le grind anglais a l'époque, n'était pas si éloigne de l'esprit originel du hardcore.

03. Comment juge-tu l'évolution de punk HC? Et la tienne dans ce milieu? Qu'est-ce qui à changer (en bien et en mal)?
Je suis entièrement d'accord avec l'analyse de Pete Koller sur la transformation, l'évolution de notre culture. Nous sommes passés de la plus ouverte des scènes à une des plus sectaires qui soit. Les kids (et les autres) se préoccupent généralement plus de savoir qui est qui. Qui est quoi. Qui est sur quel label. Qui a le plus de tattoos, de X sur les mains, ou du nombre de bière que le voisin a dans le bide, plutôt que de penser un seul instant a transmettre nos valeurs, ou de rendre au HxC ce que le HxC leur a donné (si tant est qu'il leur ait donné autre chose qu'une quelconque attitude vestimentaire???) Comme disait RAYBEEZ: "too many cliques, too many crews". Quand a mon évolution perso... je me suis trouvé grâce au HxC et cela m'a sauvé la vie. Ses valeurs morales m'aident à affronter le quotidien avec recul et objectivité.

04. Qu'est-ce qui t'as vraiment séduit dans cette scène? Je veux dire, qu'est ce qui fait que tu sois toujours intéressé? More than music… mais encore? Et à contrario, qu'est-ce qui pourrais te faire tout lâcher? Qu'est-ce qui te gonfle le plus dans cette scène?
Quand j'étais gamin je ne comprenais pas l'anglais, mais je trouvais qu'il se dégageait quelque chose de fascinant de la musique, de "l'imagerie", des artworks, pendant les concerts... Une vérité, une candeur qui ne pouvait être simplement le fruit d'un travail marketing mais bel et bien d'un cri du cœur. D'une jeunesse révoltée, parfois désabusée, mais combattant son propre cynisme via cette musique. Ces mecs croyaient en ce qu'ils disaient. et cela ma touche. Je m'y suis reconnu. Humainement. Et puis il y a une notion "romantique"dans le HxC..."young till i die"... Ca peut paraître tellement naïf aux yeux de certains... pas aux miens. A chaque fois que j'ai la chance de "sing along" sur ce titre (et sur d'autres..."my life" de SOIA, "sXe revenge" de PROJECT X..), j'ai cet indescriptible sentiment de foi, dans les miens et dans ces mots, qui me bouleverse. C'est un fait. Quelque chose qui ne nous quittera pas. Nous mûrissons. Mais nous ne vieillissons pas. (sourire) Me faire lâcher? ....Strictement rien. Ni l'hypocrisie dune certaine frange du mouvement, ni les mouvements de mode, ni les talkshits. Rien. Ils partiront d'eux même, ou a coup de pied dans le cul, mais pas moi.

05. Je sais que t'es straight edge mec, alors inutile de nier!! Ca fait longtemps qu'elle dure cette comédie?? Pourquoi ce choix? Qu'est-ce que ça t'apporte de plus dans ta vie? On t'a déjà pris la tête la dessus? (moquerie, réflexion douteuse…)
Effectivement. C'est pas franchement quelque chose que je cache. Ni quelque chose que je mets en avant. Certaines personnes ont le même mode de vie que moi via leur mode de vie, ou abstinence physique, sans pour autant être straight-edge. J'en parle facilement si la conversation s'y prête, j'aime communiquer et échanger avec les autres. Cela aide à casser les préjugés, ou l'image réductrice et stéréotypée que les gens "ordinaires" ont de ces milieux. Car après une discussion les gens sont souvent étonnés, voire épatés par le fait d'y trouver des gens de convictions, intègres et sincères. A l'époque, j'évoluais dans le HxC depuis quelques années, mais j'étais surtout un fuckin'kid qui se cherchait encore. Je pensais que c'était "cool" ou "normal" de boire, de fumer, ou même vers la fin de s'envoyer un rail ou deux, sous prétexte que dans l'éducation que j'avais reçu, c'était quelque chose d'"acceptable" socialement d'en passer par la pour s'intégrer. Pour être un "homme". Comme si ces conneries pouvaient avoir une quelconque légitimité au nom de l'amitié, de la culture, ou de l'éducation. La vérité c'est que j'étais faible, et que j'avais besoin de boire à heure fixe. A affronter le mot ALCOOLIQUE qui planait dans ma tête. A affronter le regard condescendant des miens ou celui "entendu" du vendeur chaque soir. Comme si ce n'était pas grave. (...)
J'ai donc cherché en moi ce qui pouvait m'aider. Me sauver. (Au sens propre comme au sens littéral) Je sentais que le HxC pouvait m'aider. Que JE pouvais m'aider au travers dune auto discipline forte et déterminée. Je savais qu'il existait une "sorte"(sourire)de HxC kid clean. Je me suis donc tourne vers cette frange de ma culture. Une fois ma décision prise, j'ai tout arrête d'un coup (bien que j'en avais besoin), perdu les 3/4 de mes connaissances et pendant une année je n'en ai parlé à personne. Puis, je me suis regardé dans la glace un matin et je me suis "vu"pour la première fois de ma courte vie.
J'étais straight-edge.
Et j'avais attendu 22 ans pour savoir cela. Savoir qui j’étais vraiment… … … … … …
Quant aux prises de tête... non pas de mémoire... Les gens sont plutôt réceptifs à cette discipline de vie. J'assume pleinement et sereinement ce que je suis. Et ils le ressentent. Les gens sentent vite en parlant avec moi que je ne suis pas un rigolo qui croit être ce qu'il n'est pas. Je suis à ma place. Et en paix avec mes vieux démons. Néanmoins, ce qui reste étonnant à mes yeux, c'est le fait que vis à vis de ma famille(ça a change depuis) mon autodiscipline
et cette volonté d'aller au bout de mes engagements (qui sont, somme toute, positifs), à pu être perçu à une époque comme quelque chose d'"agressif". Mon austérité physique était agressive a leurs yeux, car elle enlevait cette fameuse "convivialité" franco-française:
bois.
mange du cadavre.
défonce toi. Légalement ou pas.
Je les remercie d'avoir su évoluer et d'avoir compris avec le temps que cela n'était pas un jeu, ni une attitude de pseudo rebelle. Je n'ai jamais été là par attitude. Je suis quelqu'un d'entier et de sincère.

06. Je doute que PRINCESS ANIES (une rappeuse qui devrait être présente dans ce numéro) ai déjà entendu parler du sXe! Alors tu veux bien lui expliquer ce qu'est (ou devrait être) le sXe, suivant ton point de vue bien sur?
Etre straight-edge c'est être plus strict avec soi même, et plus tolérant avec les autres. Sans fausse démagogie. C'est garder l'esprit clair au travers d'une abstinence physique lié à la non-consommation d'alcool, de tabac ou de drogue. (En ce qui concerne la promiscuité sexuelle, pas besoin d'être straight-edge pour ne pas être un connard et se respecter un tant soit peu… L'hédonisme est un concept puant, qui véhicule des "valeurs" de satisfaction immédiate à n'importe quel prix, très caractéristique du monde matérialiste dans lequel nous vivons. Je veux. Je prends.) C'est faire face à la réalité du monde avec toute la violence qu'entraîne la conscience et la connaissance d'un esprit clair et droit. Les yeux grands ouverts. Enfin c'est FORCEMENT être un hardcore kid.

07. Tu te fais aussi des X (et pas des croix!!) sur les mains. C'est important pour toi de montrer que t'es sXe? Fierté? Revendication? Et en dehors des concerts, tu as toujours des X? Ca pourrait donner lieu à des discutions intéressante, nan? Peut être as-tu quelques anecdotes?
Bien sur. Mais ce n'est pas systématique. Cela dépend de mon humeur. Du concert auquel j'assiste. Je le perçois plus comme un droit au sein de ma famille HxC. Lorsque je suis à un concert, je suis chez moi. Parmi les miens. Je n'ai pas à cacher ce que je suis. Ce n'est pas une démonstration. Ni une représentation. C'est l'expression visuelle de mon engagement. Pour le reste, plus jeune, je t'avoue que je me marquais aussi en dehors des concerts (mdr)... Besoin d'affirmation lié à la jeunesse à mon sens... En dehors des concerts, c'est ridicule de se marquer les mains. Mes "X" sont suffisamment dans mon cœur pour que je n'ai pas à les exposer dans un contexte inapproprié, et réduire ainsi leur signification.

08. Ne trouve-tu pas que le milieu sXe soit un peu trop rigide, voir dogmatique, avec ses règles à ne surtout pas transgresser, sous peine de sanctions divines??? Personnellement, je préfère le terme drug-free… Ton avis sur les conneries, genre pureté, supériorité, better than you… ?
Je ne pense pas. Je pense que cela vient surtout d'une mauvaise interprétation de nos engagements. Je n'ai pas à me rabaisser pour ce que je suis, et les miens non plus. Je compose avec les modes de vie des autres de la manière la plus objective et patiente qui soit, car j'attends qu'il fasse de même avec le mien. C'est à ce prix que se trouve la liberté, et pas en imposant aux autres, ni aux siens, son mode de pensée. L'histoire est là pour nous le rappeler. Mais je ne suis pas un démago non plus, et j'avoue que peut naître de la colère en moi, face à certaines attitudes que je vois lors des concerts, de leur manque d'intérêt pour ce qu'il se passe, de leur manque de respect pour les groupes, pour le pit. Je me rappelle sur le concert d'INTENSITY, le mec était entrain d'expliquer que durant la seconde guerre mondiale, la Suède avait appliqué des lois eugéniques et cautionne plus ou moins ouvertement le régime nazi. Un connard défoncé a ouvert sa gueule en lui disant"envoie le pain"… Ce qu'il a fait. Enervé qu'il n'y ait qu'une fraction de personne qui soit là pour écouter ce qu'il avait à dire. C'est affligeant. (Les "autres". Ceux que j'emmerde ne sont que des guignols, là parce que la musique leur paraît "violente". Foutez le camp de nos scènes et aller écouter de la techno. Là au moins personne ne vous fera une explication de texte. Point.) Dans le même ordre d'idée, je supporte de moins en moins de me prendre de la fumée dans la gueule, en concert ou pas. D'avoir des mecs bourrés qui me renversent leurs bières sur les pieds. Même si cela fait partie du "cirque" habituel. Pour moi c'est pareil que les abrutis qui vont au cinéma et ne peuvent s'empêcher de s'acheter ces putains de pop-corn. C'est la même logique conditionnée. Par quoi, je me le demande... un quelconque leitmotiv du style:"Je sors. Je me défonce. Je m'en bats la race des autres. Je suis là pour me donner en spectacle, faire chier, et gerber avant de rentrer chez moi. Si possible sur quelqu'un."
Apres ça, c'est les miens qu'on accuse de tous les maux? La vérité c'est que je me fous de savoir qui est quoi. Je me fous des talkshits. Toutes les actions des gens intègres vis a vis de nos scènes comptent plus que leurs mots. Et parmi les straight-edge se trouvent les HxC kids les plus convaincus, les plus sincères vis a vis de la scène et de ses valeurs. Personne ne doit être là pour donner de leçon. Personne. Les miennes je les connais. Et je les applique honnêtement et sereinement depuis des années. Sans emmerder qui que soit et j'attends la même attitude de la part des autres.
"Drug-free" ne veut pas dire straight-edge pour moi. Il faut être un HxC kid pour être straight-edge. Si tu es straight tu es forcement "drugfree". Le contraire n'est pas vrai. Ce n'est pas seulement pratiquer une abstinence physique, c'est aussi un moyen de se libérer l'esprit. Se faire face à soi même. Personne ne t'oblige à faire semblant, pour épater la galerie. On ne se marque pour le "fun" et aller se taper des bières ensuite en rigolant de sa connerie. Si quelqu'un décide de franchir le cap, de devenir REELLEMENT straight-edge, et de s'identifier aux yeux des autres en tant que tel, ...qu'il/elle le fasse en connaissance de cause. Nous ne nous devons rien les uns aux autres, pourtant nous transcendons nos individualités au travers des valeurs morales du HxC et du fait d'être sXe. C'est ce qui nous lie et nous relie les uns aux autres. Respectons cela. (Respecte ça kid!)
Etre sXe pour moi c'est un engagement a vie. Qui doit être mûrement réfléchi. Je mourrais ainsi et je suis en paix avec cela. La première génération des notre ont perdus leurs illusions, comme si c'étais une fatalité de perdre ce en quoi nous croyons. Connerie? Faiblesse? Manque de recul? Jeunesse?... Peu importe. Nous devons faire attention de ne pas reproduire les erreurs de nos aînés. J'ai foi en les miens. Dans mes véritables frères et sœurs straight-edge/ HxC kid. Et plus globalement dans les personnes de bonnes volontés. Et ils ne sont pas nombreux de par le monde.

09. Peut-on considérer le sXe comme étant un acte / choix politisé? Merci de développer ta réponse, stp! Et le végétarisme (veganisme) dans tout ça? La suite logique?
Pas à la base. C'est juste un choix personnel. Mais, logiquement, dans un milieu culturel où la défonce et le manque de réflexion sont des qualités unanimement mises en avant par les institutions, les médias et les familles, ne pas avoir besoin d'artifice dans sa vie, savoir s'amuser et prendre du bon temps, sans s'enfiler des litres d'alcool dans le bide, peut être, par extension un signe fort de "résistance". Pour "eux." Mais ne nous trompons pas, je n'ai pas pris mes engagements pour me différencier des autres, simplement pour être en accord
avec moi-même:
physiquement
moralement
intellectuellement.
Point.
Tout d'abord je tiens à dire que je suis farouchement, viscéralement, violemment anti-spéciste. C'est un sujet extrêmement important. (Combien d'animaux vont mourir pendant que je réponds à cette question? ...) Il est nécessaire de l'envisager sous la forme d'analyse la plus large et la plus complète possible pour entrapercevoir le "vrai monde" dans lequel nous vivons. (Problème éthique, exploitation du tiers-monde, destruction de l'équilibre biologique, gaspillage de nourriture. etc etc etc) Je conseille à tous ceux et celle qui se posent des questions d'aller consulter tous les sites de défense des animaux, des plus institutionnels (PETA) aux plus hardline (ANIMAL LIBERATION FRONT). Est-ce que le fait d'adopter un régime alimentaire végétarien/vegan est une suite logique? Il me semble que oui car un esprit clair a plus de chance d'avoir une réflexion poussée sur le monde qui l'entoure, et se forcer à avoir une vision globale et réfléchie de son mode d'alimentation n'est pas forcement évident. Cela peut être même très douloureux. Pour la plupart des gens, il est normal de manger de la viande et ils n'y réfléchissent jamais. Mais celui qui s'arrête et regarde de plus près ses habitudes alimentaires, on s'aperçoit qu'il n'existe pas de raisons majeures pour manger de la viande. Le fait de s'abstenir de manger de la viande (et du poisson) paraît encore plus évident lorsque tu sais dans quelles conditions la viande est "produite". Ce que les animaux doivent subir avant d'atterrir, parfaitement emballés, dans les sacs a provisions des "consommateurs" non-avisés. La vie d'un animal destiné à l'abattoir est contre nature du début à la fin. A commencer par l'élevage similaire à un camp de concentration, les traitements hormonaux, la nourriture dégénérée et dénaturée à des fins d'engrais rapide, jusqu aux longs transports douloureux dans une peur aiguë et la fin brutale dans les abattoirs. Les abattages sont tout, sauf "humains". Imagine des animaux gémissants et gueulants, sont "endormis" à coups de masse, par des chocs électriques. Puis ils sont pendus au moyen d'un crochet à leurs chevilles et transportés de manière totalement automatisée à travers la fabrique de mort. La gorge est souvent tranchée à vif et la viande est coupée en morceaux pendant qu'ils terminent de se saigner à blanc. Etre assassiné est une expérience dramatique pour l'animal, laquelle provoque la panique et la terreur, ce qui a pour effet une réaction biochimique instantanée qui empoisonne le corps avec les hormones de la peur.
Je reprendrais ici un exemple très concret:
FRANZ WEBER, écologiste et protecteur des animaux expliquait dans une émission de radio:
"à Hambourg les gens pressentaient des empoisonnements après avoir mangé du thon en boites. Pourquoi? Le thon avait été débité vivant à la scie!!!!!! Et les poissons capturés dans les filets avaient une telle peur qu'ils déversaient dans le sang un poison qui infestait la chair."
Pour en terminer là, plus de 2 milliards d'animaux de ferme et plus de 20 milliards de volatiles sont assassinés. Le chiffre des poissons massacrés dépasse le billion.
(Et les millions d'animaux de laboratoire et de fourrure ne sont pas compris dans ces chiffres)

"Très jeune j'ai renoncé à manger de la viande et le temps viendra ou les hommes regarderont les meurtriers d'animaux avec les même yeux que les meurtriers d'être humains."
LEONARD DE VINCI.(1452-1519) genie universel.

"Lorsqu'un homme recherche sérieusement et sincèrement la voie morale, la première chose dont il doit se détourner est la viande."
"Tant qu'il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille."
LEON TOLSTOI(1828-1910) écrivain russe.

10. Comment explique-tu le fait que le sXe soit si peu représenté en France? Et que pense-tu de la scène punk HC (en général) française? (groupes, zines, labels…)
Je pense qu'en France, le facteur culturel, où la "bonne" bouffe et la tradition de la bouteille est quelque chose de très présent dans l'inconscient collectif. Comme s'il fallait obligatoirement bouffer du cadavre et un être un alcoolique "sournois" (rappelons à titre informatif qu'au-delà de 3 verres par jour, on peut se considérer comme tel) pour faire la fête et faire preuve de convivialité ou d'hospitalité… Directement ou indirectement tu subis cela.
De plus en France, on préfère "l'attitude", pas les gens engagés. Les gens engagés sont dangereux car ils se sont affranchis des règles en vigueur pour être en accord avec eux-mêmes. Il vaut mieux être un loser qui se prend pour un punk qu'être un punk. Ou être un fils de bourgeois qui vit dans un squat autogéré, plutôt que d'être un véritable crustie. Tout cela est lamentable et préjudiciable, car ces attitudes négatives dénaturent l'essence de ces mouvements. Je ne respecte que les gens sincères, qui assument ce qu'ils sont. Je n'ai pas de temps à consacrer aux autres.
La scène française je ne la connais pas assez et je ne m'intéresse pas assez à elle pour que je puisse me permettre de l'analyser sereinement. Néanmoins j'aime beaucoup COMITY (quelle claque sur scène!!!), RIGHT4LIFE, ASIDE FROM A DAY, FIRST FAILURE, BLOCKHEADS, INSIDE CONFLICT (rip).. .etc.. Je les trouve tous excellent scéniquement et ils ont une personnalité affirmée. C'est important chez les groupes que je dois prendre en photo.

11. Pour finir sur ce sujet, quels sont pour toi les groupes ou morceaux qui symbolisent le mieux le sXe? Pourquoi?
PROJECT X, JUDGE, TEN YARD FIGHT, BATTERY, FLOORPUNCH, IN MY EYES, MINOR THREAT....(SICK OF IT ALL et WARZONE même s'ils ne sont pas"affiliés" sXe) etc… Trop de noms, trop de groupes. Mais si je gardais deux morceaux "straight" ce serait "sXe revenge" de PROJECT X et "young till i die" de 7 SECONDS. Deux anthems intemporels qui resteront à jamais dans notre culture. Ca a la hargne, la candeur et la simplicité qui résument parfaitement en quelques phrases toute l'essence du hardcore.
YOUTH CREW AS FUCK.

12. Tu exerce la profession de photographe. Peux-tu nous retracer brièvement ton parcourt. Comment en es-tu arrivé à la photographie? Quels sont tes maîtres(-tresses) en la matière?
Mon père et mon grand-père ont été photographes de métier avant moi. J'ai toujours baigné dans une atmosphère d'image, notamment au travers de l'amour commun pour le cinéma avec mon père. Puis le skate et le HxC sont arrivés, et cela a bouleversé ma vie et mes codes visuels. Bizarrement je n'ai touché un appareil que très tard. Presque par hasard. Ou par destinée. J'avais traversé des épreuves persos difficiles et je me sentais comme un flingue chargé et prêt a tirer. J'avais tellement de choses à évacuer et à exprimé, que cela a été comme de tomber amoureux pour la première fois lorsque j'ai fais ma première photo. De ce fait, la symbiose est arrivée très vite. Ce besoin viscéral, violent de faire partager aux plus grands nombres mes ressentis, les instants privilégies passés en compagnie des groupes, des teams de skate, de tous ceux qui ont croisés mon chemin pro, ne ma plus lâcher. La moitié de mon cœur bat au rythme de mes déclenchements. Je le dis sans malice, ni ironie.
En ce qui concerne ceux et celles pour qui j'ai un profond respect, et qui donne au mot "photographe" tout son sens, je citerais ROBERT CAPA, EUGENE RICHARDS, LARRY TOWELL, DIANE ARBUS, JAMES NACHTWEY... etc.. Il y en a tant que c'est impossible de tous les citer. Le photo journalisme au sens large du terme c'est ce que je j'aime le plus en photo, et c'est à cela que j'aspire. Etre photographe cela se mérite. Tout le monde ne peut pas l'être, et il y a beaucoup trop de "fauxtographes" sur le marché. Il suffit d'ouvrir les mags. C'est bourré d'imposteurs. Un numéro de SIRET ne fera jamais de toi un pro. C'est une éthique de travail, limite un sacerdoce, un désapprentissage permanent et une humilité constante face à l'adversité. Mes photos font toujours tache lorsque je collabore avec des mags, car elles expriment quelque chose de réel. Il y a de la vie dans mon travail. Une vérité de l'instant. J'en ai marre de voir toutes ces images sans vie. Cela n'a aucun intérêt. Où est passe la qualité? Avec l'avènement du nume(rd)ique, n'importe quel mec se prend pour un pro et s'incruste partout où il peut à grands coups de flash dans ta gueule. On vit dans un monde où la médiocrité règne sans partage. Sois médiocre. "Parait". Et tu réussiras. Sans aucun doute. Moi je dis que nous n'avons pas besoin d'eux et qu'il est du devoir des vrais photographes de lutter contre cela. En tirant le niveau vers le haut de la manière la plus intègre qui soit. Sans exigence on n'arrive à rien.

13. Peux-tu nous dire quels matos tu utilises? Tu préfère l'argentique, pourquoi? En termes d'utilisation, quels sont les avantages et inconvénients entre l'argentique et le numérique? Penses-tu évoluer vers ce dernier?
Classique. Du matériel pro argentique. Et du polaroid. 2/3 boîtiers, 2 objectifs, 1 flash qui sert le moins souvent possible et c'est tout. Pourquoi l'argentique? Parce que c'est, de fait, organique. Il n'y a rien de comparable avec le grain d'un film. Lorsque tu es dans la chambre noire, il y a quelque chose de magique. Ta photo apparaît dans le révélateur, et ce sentiment fort de voir son travail enfin révélé, tu ne l'auras jamais avec le meilleur appareil numérique pro sur le marché. Mais ne nous trompons pas, cela n'a rien de passéiste. J'ai déjà du bossé avec des boîtiers pros numériques et honnêtement cela marche réellement très bien. Là n'est pas le problème. Mon problème c'est que lorsque je "shoote"avec ce type de boîtier je ne ressens pas d'attachement particulier lorsque je déclenche. Hors j'ai besoin de cet affect dans mon travail pour que les photos soient bonnes. Je ne "bâcle" pas mon travail en numérique mais....je ne sais pas. Je m'en tape ensuite. Ce ne sont que des fichiers sans vie. J'ai beaucoup de respect pour les photographes de guerre qui aujourd'hui risque leur vie pour ces fichiers. Sans compter la problématique de la sauvegarde ensuite. Ce que ne disent pas les revendeurs aux grand public, c'est la difficulté de sauvegarder sereinement tout cela à long terme. Très honnêtement quelle est la durée de vie de ces choses? Une merde dans ton ordi, sur tes CDs, sur ton disque dur externe, et en une seconde tout est perdu. Et même s'il existe des logiciels qui te permettent de récupérer une partie des photos effacées... sans moi, merci.

14. Et toutes tes photos, à quoi servent-elles? Avec qui travailles-tu? Quels groupes as-tu déjà shootés? Et ceux que tu aimerais prendre? Les groupes sont-ils content de ton boulot? Sur quels sites peut-on voir tes œuvres?
Elles sont utilisées ponctuellement par des mags de skate, de zik, des marques de fringues, des sites, des couvs de CDs, de la com, des DVDs, des bouquins, des cartes de visites (yeah), beaucoup de choses différentes en fait. SUGAR, KINGPIN, BEACH BROTHER, KINK, NEWLOOK OUTDOOR, VELVET, HARD N HEAVY... ont déjà utilisés mon travail pour des reportages complets ou simplement des photos pour illustrer un article. En ce qui concerne les groupes.... non exhaustif: SICK OF IT ALL, MADBALL, SHUTDOWN, INTENSITY, KILL YOUR IDOLS, CONVERGE, 25 TA LIFE, COMIN CORRECT, AGNOSTIC FRONT, STRIFE, SKARHEAD, WALLS OF JERICHO, HATEBREED, RIGHT 4 LIFE, COMITY, BLOCKHEADS, INSIDE CONFLICT, ASIDE FROM A DAY, STRYCHNINE, INNER TERRESTRIALS, CULT OF LUNA, MARTYR A.D, ZAO, VISION, SLAYER, MOTORHEAD, PAGE 99, LOS FASTIDIOS, H2O, CHAMPION, COMEBACK KID, SHANNON WRIGHT, DEMOLITION DOLL RODS, BLOODY HOLLIES, GREEN MONSTER, MADSIN, DEMENTED ARE GO....etc... Un paquet en fait. Dans ceux que j'aimerais vraiment photographié il y a ELECTRIC WIZARD, SOCIAL DISTORTION, DWARVES, EYEHATEGOD notamment. Je m'exporte partout où je peux. Partout il y a des groupes intéressants. A contrario de toutes ces scènes "extrême" j'ai aussi fais les photos de l'album des anciens musiciens de LEO FERRE, entre autres. Rien n'est incompatible.
Très honnêtement je n'ai jamais eu de mauvais retours sur mon boulot. Je suis très exigeant, je veux/j'ai une vraie cohérence dans mes photos. Etant très facilement "identifiable" pour peu que tu aies vu une photo ou deux de moi. "Ollib/april65" c'est une marque de fabrique, et depuis le début je veux quelle soit de la meilleure qualité possible. Il n'y a que comme cela quelle peut être incontournable. Impossible de répertorier les sites sur lesquelles j'apparais. Certains me font la courtoisie de me prévenir, d'autres pas. Peu importe des lors que mon copyright est respecté. Je suis très clair sur ce point. Actuellement je suis entrain de lister tous les groupes que j'ai photographiés, afin de mettre à jour une base de données. Néanmoins, on peut jeter un oeil sur ma galerie principale: http://www.leica-gallery.net/expressivity et ne pas hésitez à me contacter. Je réponds toujours aux personnes qui font l'effort de m'écrire.

15. Attention, sujet sensible!! A la base, le mouvement punk HC se veut en opposition avec toute logique capitalo/profit. Ma question est: n'est-il pas contradictoire de vouloir vivre (directement ou non, via un groupe, label, asso… ou en faisant des photos) grâce au punk HC ? Car en transformant un état d'esprit (à la base contestataire) en un métier, il doit forcément y avoir une logique de rentabilité, non?
Premièrement je ne viens pas de cette partie la du hardcore. Mon hardcore n'est pas politisé. Il n'est pas "non profit". Il est "youth crew". Il est DIY. Je me suis débrouillé avec les moyens du bord. Cela ma donné une force supplémentaire dans le travail, car dans le passé, j'ai fais beaucoup avec peu.... mais tout cela a une limite lorsque tu as des ambitions pros comme les miennes. Elles sont très élevées et elles nécessitent des moyens financiers qui seront de plus en plus importants en fonction du sujet ou de l'envergure du projet. (Le plus important étant de faire un livre sur le hardcore mondial.)
Avoir le courage de vouloir vivre (ou survivre parfois) de sa passion est une entreprise extrêmement ardue. Mon abnégation doit être/est totale. Je suis certes un HxC kid, mais aussi un photographe pro. Entre bosser 8 heures par jour dans un job de merde à perdre mon temps (je sais ce que c'est), mon intellect et ma jeunesse pour faire 3 euros et demi par mois, et faire ce qui me plait avec tous les risques que cela impliquent (JINSISTE LA DESSUS/
notamment parfois de ne pas faire de fric), j'ai choisi de crever libre. En photographe. Et c'est loin d'être le paradis tous les jours. Pour les photographes y'a pas d'avantages sociaux, de chômage, d'indemnité... toutes ces aides qui entretiennent la passivité. Si tu arrives à entre apercevoir les problèmes des intermittents, dis toi qu'un photographe indépendant c'est encore plus chaud. Car tu bosses sans filet, et si tu veux bouffer t'as pas intérêt à faire semblant. Pour résumer je ne dois des comptes qu'à moi-même. Et c'est déjà beaucoup.

16. D'ailleurs je t'ai déjà croisé dans des festivals DIY (Todos Es) comme dans des trucs plus énormes (Furyfest). Quelles sont tes préférences, en tant que photographe? Est-ce que la différence d'état d'esprit ressort sur tes clichés?
Ma préférence en tant que pro, c'est lorsque je suis payé pour travailler. Forcement.
Lorsque je sais d'avance que mes photos vont servir pour de la com, pour une pochette... etc. Sinon on achète un petit APN (dc – Appareil Photo Numérique), et on fait ça pour le "fun" sans volonté d'en faire son métier. Ma préférence en tant que HxC kid c'est lorsque je vais voir jouer des groupes que j'aime et que pendant 1h je vais partager et préserver le meilleur d'eux même. Je me moque de la taille du fest. Le fait d'être payé ou pas (il y a d'ailleurs différente manière d'être payé) ne ressort jamais sur mes photos. Si un jour cela devait arriver, je crois qu'il serait temps d'arrêter. Si les groupes sont bons, je dois être là. Je suis là pour faire des photos, par pour me pavaner avec un passe V.I.P de plus. J'ai été le photographe du TODO ES (rip/non profit fest) 2 ans de suite, j'ai touché des sandwichs vegan et une tape dans le dos. Et alors? J'ai accepté de le couvrir en connaissance de cause, car je savais pertinemment que j'allais ramener de bons clichés (et en plus c'était l'occasion d'être avec des potes). La preuve, c'est qu'une de mes photos de PAGENINETYNINE doit illustrer le dos du vinyle qui sort chez EMPIRE REC. Prochainement. A l'opposé, le FURYFEST c'est mon "gros bébé". C'est une grande fierté et une lourde responsabilité. Etre le photographe d'un des plus gros festivals en Europe depuis 4 ans n'est pas une chose de tout repos. C'est une vraie aventure humaine, qui malheureusement connaît des hauts et des bas financiers. Comme tout projet ambitieux. Quoi qu'il en soit, Ben "fury" BARBAUD est le mec le plus règlo que je côtoie dans le biz depuis 5 ans. Ce mec mérite un respect total. C'est un fuckin'kid avec un courage et une détermination hors du commun. Et tous les talkshits de ceux qui n'ont jamais bougé le petit doigt pour la scène n'y changeront rien. Je suis avec lui. Il peut compter sur moi.

17. Qu'essais-tu de capturer à travers tes shoots? Considère-tu la photo comme un moyen d'expression? A quel moment tu te dis "c'est la bonne"? Que ressent-tu lorsque tu appuis sur le déclencheur?
Bien sur que c'est un moyen d'expression. C'est même un des plus beaux qui soit. Comme disait CARTIER BRESSON, pour nous ce qui disparaît, disparaît à jamais. C'est ce qui fait la caractéristique de ce métier. Cela demande des facultés d'adaptation, un sens de l'observation et de l'anticipation aiguë. Je cherche une chose, toujours la même. L'expressivité de l'instant. Lorsque je ne fais qu'un avec lui. C'est à ce moment là que les photos sont bonnes, et que je donne le meilleur de moi-même. C'est mon graal. La bonne photo c'est lorsque tu sens que c'est harmonieux dans le cadre. Que le cadrage allié à la force de l'instant, se complète. Ce que je ressens à ce moment là, est indescriptible. C'est très intense....des fois je gueule tout seul, dans le brouhaha du live, derrière mon appareil en espérant que tout se place, que la lumière de la scène ne change pas, ou qu'un con avec un numérique ne rentre pas dans mon viseur (dans ce cas c'est à ses risques et périls! mdr)

18. Pour toi, c'est quoi une photo réussie? Quels conseils de pro peux-tu donner pour réussir ses clichés? Retouche-tu tes photos (via quels logiciels)? Noir & blanc ou couleurs?
Une photo réussie c'est celle qui n'a pas besoin de mots pour exister. Sa lecture seule doit t'emmener dans l'ambiance du moment. Souvent j'ai des messages de gens qui me disent que mes photos les replongent "dedans" avec la même intensité que lorsqu'ils y étaient. C'est à ce moment que tu sais que tu es sur la bonne voie.
Des conseils? Cultivez-vous. Lisez. Ecoutez de la musique (et pas que du bourrin!!). Ouvrez vous l'esprit à la peinture, à la littérature, au cinéma, à l'art en général. Celui avec un grand A. Apprenez à ressentir, à avoir une culture visuelle. Apprenez à décoder les codes visuels de chaque style. Apprenez ce que veut dire un diaphragme, une vitesse, une profondeur de champ, etc... C'est important de savoir maîtriser la technique pour pouvoir s'en défaire par la suite. Car il faut apprendre à désapprendre. Et cela demande du temps. Chaque photo doit être faite avec la candeur de la première fois et l'exigence de l'expérience acquise.
Comme tout photographe j'utilise Photoshop pour traiter les scans bruts. Etant aussi "straight" en photo, je ne recadre JAMAIS. Le recadrage c'est l'ennemi du regard et du style. C'est un paradoxe. En photo il ne doit pas y avoir de recadrage. Pour moi le recadrage est l'apanage du manque de compétence de ceux qui le pratique. Pas de retouches particulières. Juste du rehaussement des noirs et des contrastes(légèrement) juste pour que cela soit lisible correctement. Noir et blanc forcement. Pour moi du moins. Le noir et blanc c'est l'essence de la photo. Apres, chacun fait ce qu'il veut..

19. Bon, j'en ai finis avec toi! Si tu veux rajouter quelques choses, n'hésite pas, hein! A la prochaine bro!
Je tiens à te remercier David pour ces questions pertinentes, et de m'avoir laissé m'exprimer ainsi dans ton zine. Je tiens à saluer particulièrement Sam Challeat, Chris Kolb, Chris Coppola, Ben Barbaud, Jérémie Nakache, Seb Charlot, Benjamin Deberdt, Stéphanie Protet, mes aussi mes parents, Goons et Emy, pour leur aide et leur soutien dans ce job extrêmement difficile. Merci a eux. Un "special thanx" à mon fuckin bro Cédric Viollet/april65. Brothers united will never be defeated. Never forget.
Pour terminer, celles sans qui je ne serais pas là aujourd'hui: Tiphaine et Lippy. Pour votre soutien, votre amitié et votre amour. Sans vous aucune de ces photos n'existerait. Pour vous et pour les miens.
Ollib/april65
Septembre 2005

Doyouseetheblue@orange.fr

[MONONOKE #03]