LA CASA DEL PHONKY, c'est une tuerie hip-hop du Val d'Oise (9.5). L'album
récemment sorti est une bombe. Ils sont passés au festival
Todos Es, ainsi qu'aux Tanneries. Ils font du rap conscient et hardcore,
ils sont indépendant, et on une bonne démarche. Donc il
était logique de leur faire une petite interview. Comme moi,
vous ne serez peut être pas forcément d'accord avec leur
point de vue, mais vu qu'il y a le contact à la fin, …ben
écrivez, échangez vos idées et vos façons
de voir… Communication ? consommation… Bon, je laisse la
parole à Loco…
1.
Nous allons donc commencer par la petite présentation de rigueur,
qui êtes, que faites vous, age, job… Depuis quand existe
La Casa?
Loco Rodriguez, fondateur et rappeur principal de LA CASA DEL PHONKY
depuis 1993. Je bosse aussi pour la marque CUMPAZ. J'ai formé
LA CASA vers fin 93, avec DJ Tony M., Ramonkota, et Chiqui Pento, mais
beaucoup de chose ont changé depuis. Après la disparition
de SPANISH LAB, j'ai repris le contrôle de LA CASA, épaulé
par Chiqui Pento.
2.
Pourquoi avoir choisie ce nom de groupe? Que signifie-il?
Le nom m'est venu comme ça, en 92-93. Le concept, c'est que la
casa, c'est une baraque de banlieue, … et c'est chez moi. C'est
pas le grand luxe, ont fait avec les moyens du bord, mais ici tu peut
écouter du gros son 24 / 24.
3.
Objectivement, que pensez vous de votre album "entra en la casa"?
Comment a t-il été accueilli? Combien en avez vous vendus?
(pas pour mesurer votre succès, mais pour avoir une idée
du nombre de personne s'intéressant au vrai hip-hop)
C'est un bon premier album, ont a bossé dur dessus, et les conditions
n'étaient pas vraiment évidentes. Le studio était
super loin, il y a eu des discussions sur certains morceaux qui ont
ensuite étés écourter, ça été
long, mais il est sorti et j'en suis satisfait. En général
les critiques ont étés bonne du coté des médias,
et pour le public aussi il y a eu de bon retour. Je pense que certaine
personne attendait cet album. En ce qui concerne les ventes, ont en
a fait presser 3000, et ont est pas loin des 2000 vendus, en sachant
qu'il y en a eu un bon paquet pour la promo.
4.
Que représente pour vous la culture hip-hop? Comment jugez vous
son évolution?
Le hip-hop pour moi, c'est une culture d'expression, de contestation
et de rébellion, à travers divers activités bien
précise (MC, DJ, graph., break…). Il faut regarder dans
la rue pour voir si l'évolution du hip-hop est bonne ou pas,
et non pas sur MTV ou dans les majors. Tant qu'il y aura des jeunes
dans la rue qui s'intéresseront au hip-hop, il évoluera.
5.
L'auto production, les labels indépendants, c'était un
choix délibéré dés le départ, ou
bien passage obligé? (en attendant "mieux", ou faute
de proposition intéressante)
Au départ, l'objectif, c'était de faire quelque chose
par nous même, montrer qu'ont étais présent. Ca
à donné "psycho phonky" sur Tchatche Attack,
puis SPANISH LAB. Après ça, ont a eu quelques espérances,
ont a démarché à un autre niveau, mais ça
n'a rien donné. Ont c'est séparés, et c'est là
que j'ai décidé de repartir avec LA CASA. J'ai sorti le
maxi "toujours en désaccord", en total auto-prod, puis
l'album chez Onorata qui n'est pas vraiment un label, c'est de l'indépendant.
6.
Quelles est votre vision des majors? En se focalisant sur des stéréotypes,
ou uniquement sur la musique, les majors n' ont elles pas tuées
la vrai culture (social, subversive) du mouvement hip-hop? Ou bien est
ce aussi le fait de la "collaboration" de certains groupes?
Les majors ne peuvent pas tuer le hip-hop. Le hip-hop était dans
la rue bien avant d'être dans les majors, et il sera toujours
dans la rue, même quand les majors l'aurons jetés du haut
de leurs building. Les majors sont des multinationales, des faiseuses
de fric. Elles ont tirées profit du hip-hop, elles ont produit
quelques bons groupes, et beaucoup de merdes. Je dirais que d'un coté
ça nous a fait du bien, et d'un autre, ça nous a fait
très mal. Mais le hip-hop s'exprime beaucoup mieux quand il n'est
pas en majors.
7.
Un groupe qui prétend faire du rap conscient peut-il être
crédible sur une major? Qu'est ce que vous pensez d'un groupe
comme Assassin? Ils ont fait de très bonnes choses, mais je les
trouve assez prétentieux, enfin disons qu'on dirait qu'ils donnent
l'image d'être l'unique groupe a faire du rap politisé,
et qu'à par eux, il n'y rien!
Ça dépend, c'est à l'artiste de contrôler,
mais ils te demanderont toujours d'être moins agressif, de dire
ça ou ça différemment, de faire trois ou quatre
singles, de faire un titre club, de mettre une chanteuse…, ils
vont cherchés à te donner tout pleins de conseils…
que tu peux refuser, mais ça marchera qu'une fois.
8.
Et vous même, vous considérez vous comme un groupe politisé?
J'ai l'impression que les groupes de rap conscient sont un peu les bêtes
noires du hip-hop, je me trompe?
Les groupes conscient ne sont pas du tout les bêtes noires du
hip-hop. Ils sont peut être moins mis en avant, mais le rap conscient
est très respecté. En ce qui nous concerne, je ne dirais
pas que nous sommes politisé. Je préfère à
la limite le terme rap conscient, ont parle de problèmes sociaux
dans notre pays et dans le monde entier, c'est plus ou moins en rapport
avec la politique, mais est-ce qu'ont est un groupe politisé?
Je ne sais pas.
9. Qu'est ce qui vous énerve dans le rap? Et au contraire,
qu'est ce qui fait que vous y êtes toujours?
Ce qui peut m'énerver, c'est le coté un peu folklo: "Yo,
yo, ont fait du rap, zoulou et compagnie". Ça vient souvent
des gens qui n'y connaisse rien, et ça saoul. Si je continue
le rap, c'est parce que j'aime trop ça, c'est mon exécutoire,
c'est mon combat contre les gens, contre moi même, contre le système…
Le rap et LA CASA DEL PHONKY c'est toute ma vie.
10.
Vous êtes d'accord avec moi si je dis que dans le hip-hop il y
a beaucoup de sexisme, de machisme, et d'homo phobie? Est ce "juste"
une façon maladroite de parler? Une façon de jouer les
cailles?
Le hip-hop est ni sexiste, ni machiste, ni homophobe, c'est la société
qui est comme ça. Tout le monde mène sont combat. Les
hommes sont machistes, mais les femmes sont féministes, chez
les homos aussi il y a des mouvements très extrêmes, comme
les gai skins, ou les amazones lesbiennes qui veulent casser de l'hétéro…
On ne parle pas maladroitement, on sait ce qu'ont dit, et ont le dit
avec nos mots et nos termes, ont cherche pas à jouer les cailles.
Le rap vient d'en bas et c'est cru pour tout le monde, les hommes, les
femmes, les homos, les hétéros, les bouffons et les dur
à cuir.
11.
En écoutant les paroles (y compris les votre), on note que des
mots comme pute, salope, pédale, chienne, enculé (…)
apparaissent plus ou moins régulièrement. Avec ce genre
de termes, ne banalise t-on pas le sexisme au quotidien? Je suppose
que si une personne employait des mots comme nègre, bougnoule…
vous le considériez comme un raciste, non? Pourtant c'est la
même chose pour les femmes ou les homosexuels/ -elles. Alors comment
faire évolué les mentalités? Il est clair que cela
doit avant tout passé par un changement de son propre comportement
personnel, de discussion, de remise en causse…Selon vous, le hip-hop
a t-il son rôle à jouer la dedans?
Je cherche pas à banaliser quoi que ce soit, je m'exprime point.
Si à chaque fois que tu dis pédé, salope ou autre
chose, t'es taxé d'homophobe, de macho, ça devient chaud.
Il faudrait pas que les enfants extra conjugaux ce monte en assos, sinon
ils porteraient plaintes à chaque fois qu'ont dit bâtard!!
Bref, moi je suis tranquille, je fais en sorte que tout le monde m'accepte,
je ne juge pas les gens sur leur race ou leur sexe ni même sur
leur sexualité, mais les gens un peu trop extravertie, exubérant
me gonfle un peu.
12.
Comment faites vous pour bosser vos textes? Qu'est ce qui vous inspire?
Tout peu m'inspirer, la vie, le monde, la société, le
système, les gens, les politiques, ma vie privée…
Des fois je part d'un titre et je développe. Des fois j'écris
des textes ou des phrases à droite, à gauche, et je met
un titre après. Des fois je pose un texte sur une musique ou
bien j'écris sur la musique directement.
13.
Vous pensez qu'il y a des sujets qui sont trop rarement abordés?
(exemples). Au contraire quels sont ceux qui reviennent trop souvent
selon vous? Et les conneries comme le gangsta ou l'ego-trip?
Les sujets qui reviennes souvent sont sûrement ceux qui tournes
autour de la rue, mais le rap est large aujourd'hui, j'entend toute
sorte de sujet qui sont abordé. Le gangsta rap et l'ego-trip
ne sont pas des conneries. L'ego-trip est une discipline du MCing qui
existe depuis le début du hip-hop. Au départ, dans les
party il y avait pratiquement que ça. N'oublions pas que le hip-hop
est apparu avec l'espoir de sortir les jeunes de la violence, donc c'étais
relativement festif, les party était des rendez vous pour s'éclater.
Après est arrivé le rap conscient, social, et pour moi,
le gangsta rap n'est pas si loin du conscious rap. Je ne parle pas des
bitches et des voitures de luxe, ça c'est du slackness, du bling-bling,
non, le gangsta rap c'est des histoires de mec qui deal pour bouffer
et qui rap pour exprimer leurs maux de tous les jours, ou pour arrondir
les fins de mois.
14.
En général, les textes sont assez long. Je me suis toujours
demandé comment vous faites pour tout retenir? Vous avez des
trucs? Les free-style, ça marche à l'impro?
Y'a pas vraiment de truc, tu connais tes textes, tu les balances. Le
problème c'est quand ça devient trop mécanique.
La mauvaise prononciation d'un mot peut tout faire foiré, parce
que tu débites ton texte machinalement sans vraiment contrôler
le texte. Les meilleurs trucs c'est la mémoire, l'articulation
et maintenir sa voix. J'ai jamais été trop impro. L'improvisation
c'est un peu spécial, si c'est pour dire "j'mange des nouilles/
j'm'en bat les couilles", ça m'intéresse pas. Quand
y'a des sessions free style, j'balance des textes de titre mix-tape,
des textes que j'ai à droite, à gauche.
15.
Et pour la musique, expliquez moi comment se passe la construction de
vos morceaux? La aussi, qu'est ce qui vous inspire? Quels sont les groupes
qui vous ont influencés?
C'est Chiqui Pento qui compose les musiques, sur Akaï 52800 et
Atari 140 ST, moi je sélectionne, avec son approbation. J'écris
les textes sur la musique ou l'inverse, ça dépend des
fois. Ce qui m'inspire, c'est l'ambiance que dégage la musique,
Chiqui Pento se penche plus sur la qualité sonore, normal c'est
un concepteur. Au niveau des influences, et en ce qui me concerne, ça
serait MUGGS, RZA, PSYCHO REALM, STREET PLATOON, CYPRESS HILL…
tous le son assez sombre, basse lourde, en tous cas c'est le genre de
son que j'aime faire, mais j'écoute aussi pas mal de G-Funk et
les groupes que j'ai cité aux-dessus.
16.
Quel est votre opinions sur la scène française? Moi j'ai
l'impression que le rap français se limite souvent à poser
des boucles de musiques classique sur quelques beat, alors que le rap
américain me semble beaucoup plus riche, et n'hésitant
à puiser dans divers styles (electro, dub…). Votre avis
la dessus?
Il y a de très bons rappeurs et concepteurs en France et en Europe
(Allemagne, Italie, Espagne…). Au U$A, c'est pas pareil, le marché
est plus large, ils peuvent se permettre de diversifier et de faire
aussi de grosse merde, mais de toute façon ils ont l'expérience,
et une vraie culture musicale.
17.
Cet été, vous avez joué au festival punk TODOS
ES. Comment cette occasion c'est elle présentée? Quelles
expériences (bonne ou mauvaise), en avez vous tirés? Si
l'occasion se représente, vous y retournez? Vous le conseillerez
aux autres groupes hip-hop?
C'est Piloophaz de la 5ième KOLONNE, qui m'a brancher sur ce
plan pour la première apparition de groupes rap au festival.
Il a pensé à nous, et je l'en remercie, car c'était
une bonne expérience. J'ai senti que le public avait apprécier,
l'ambiance était bonne. J'espère être présent
pour Août 03.
18.
Et en général, qu'est ce que vous pensez de la scène
punk- hardcore? (musicalement, attitude…). Est ce que certains
aspect pourrait servir au hip-hop? (démarche DO IT YOURSELF,
autonomie, non-profit, échange de productions entre les labels,
zines, plan à l'arrache…). Et en quoi le hip-hop pourrait-il
être utile au punk?
Je n'écoute pas de punk, j'ai écouté un peu de
"hardcore" à une époque, genre DOWNSET, BODYCOUNT…
mais sans plus, dernièrement c'était les sons rock de
CYPRESS HILL. Ce qui m'intéresse plus, c'est l'esprit révolution,
et le public underground, où toute sorte d'individu ce rencontre.
En tant que rappeur, quand j'ai voulu faire ma guérilla par le
son, le D.I.Y., je l'ai appliqué, t'as pas le choix, sinon tu
fait rien? Le non-profit pour moi c'est impossible, il faut manger,
il faut avancer, déjà c'est dur, alors si je fais du non-profit,
c'est mort. Peut être me parle tu du profit à grande échelle
des chefs d'entreprise, et autres multinationales?
19.
Dans l'émission Tracks, sur Arte, il y avait un gars (de Crash
Disque), qui disait que le punk et le rap avait beaucoup de points communs;
mais que la différence résidait dans le fait que les punks
voulaient supprimer le système capitaliste, alors que le rappeurs
voulaient y avoir accès. Vous êtes d'accord avec ce point
de vue?
Encore une fois, c'est un peu facile de pointer du doigt le rappeur
qui veut accéder au système capitaliste. Déjà
ont est dans ce système capitaliste, et quand t'es un jeune de
banlieue ou d'ailleurs qui vit dans la merde, que tu fait du rap et
qu'un jour le rap peux te sortir toi, et peut être même
ta famille de cette merde, alors tu y vas, et moi je ne crache pas sur
ce genre de rappeurs, je n'aime pas leurs musique, mais je ne crache
pas dessus. On n'est pas tous pareil, chacun prend des directions différentes.
D'ailleurs il doit en savoir quelque chose le gars de Crash disque,
parce que pas mal de merde télévisé et musicale
sont tenu par des anciens rebelles des années 80/ 90, genre Santi,
l'ancien batteur de la MANO NEGRA, qui est derrière Popstar!
Enfin c'est des générations différentes aussi.
Fallait pas croire non plus qu'ils allaient enrailler la grande machine
à coup de crête et de binouze! Nous les rappeurs ont le
sait, aujourd'hui ont ne stoppera pas la grande machine en postillonnant
dans un micro et en tournant sur la tête! Le combat est ailleurs,
plus spirituel, ont en revient à la guerre froide, c'est les
tractes et les messages codés.
20.
Beaucoup de groupes rap remercies Allah dans leur disque. Pourquoi,
selon vous, la religion n'a t-elle jamais été remise en
question dans ce milieu?
Certains rappeur remercie dieu, car le rap vient d'en bas, des quartiers,
et la religion est aussi un moyen de ce sortir du cercle vicieux du
quartier, adopter une vie plus saine.
21.
Vous ne pensez pas que les religions soient un bon moyen pour endormir
les peuples? Pour dicter leurs façons de penser et de voir les
choses? Que ça reste avant tout un appareil de contrôle
et d'oppression pour les masses, voir aussi pour les états?
Ce sont les institutions religieuses qui sont un appareil de contrôle,
pas la religion. La religion est spirituel, mais pour les plus puissants
elle est économique. Si tu es dans la religion, c'est pour toi,
pour ton bien être personnel, pas pour le crier sur tout les toits,
ou pour contrôler d'autres gens.
22.
Ok, avant de terminer, dites moi quelques mots sur CUMPAZ, et, ONORATA,
sur vos projets… Et puis c'est quoi les "manges morts"???
ONORATA est l'entreprise qui a crée en 1995 la marque de street-wear
CUMPAZ. Elle a aussi produit le maxi d'ODJI RAMIREZ, un maxi d'electro,
et l'album de LA CASA DEL PHONKY. Elle fait aussi de la création
de site internet. Les projets, c'est le deuxième album courant
2003, le site de LA CASA, et plusieurs mix-tape à venir prochainement
(Label Rouge, Liberté d'Expression vol. 2, Mix-tape Belgique,
Cinq Prod…). Mange mort: insulte manouche, légèrement
détournée, pour imager tout les grands pourris de ce monde
qui se nourrissent des morts, qui font leurs fortunes sur la vie du
peuple. UNDERGROUND HIP-HOP REVOLUTION.
[MONONOKE #01]