Interview EBRUITEZ!

 

Oyez, oyez! Fallait bien que je m'occupe un jour de ces deux gaillards! Depuis l'temps qu'on se croise sur au Charbon… Pas mal de discute, d'échanges de skeuds/infos/plans… Des gens adorables en plus! Et depuis 2 ans environs, ils se sont lancés dans l'organisation de concerts bruyants (grind-metal-crust-hardcore…) à Bourges (18)… Donc, voilà une bonne occasion de leurs donné la parole, de parler de leur asso EBRUITEZ, et pourquoi donner quelques conseils pour qui voudrais se lancer dans l'aventure! Encore merci à vous deux!! Les gars se lancent aussi dans un label, voir les news!

01. Bonjour les amis ! Comment-allez vous ? Vous pouvez vous présentez, siou-plait ?
Stéphane: 37 ans, une chérie, deux enfants, trois disciplines d'enseignement (français, histoire et géographie), cinq sports (vélo, volley, squash, footing, foot en salle), six …, sept jours par semaine.
Bruno: Puisqu’il y a « les amis » dans la question, j’en rajoute un peu, non mais ! Il ne faut pas laisser au Bonnnux tout faire. Hors de question, déjà qu’il en fait plein, trop ? Noooooonnn. Tout va bien dans le meilleur des mondes. 37 ans aussi, pareil, pareil, mais pas enseignant, juste salarié chez un entrepreneur de spectacle dans une friche culturelle. Éclairagiste pouêt pouêt quand l’administratif me casse les bonbons. Pas de crête, ni de tatouage, ni de piercing désolé j’ai horreur de ça. Même les boucles d’oreilles me font frémir. J’aime le bruit du painke depuis l’âge de 12 ans un truc dans le genre et pas de nostalgie heureusement. Sinon amateur de randonnées (20 – 30 km suffisent, fainéantise oblige), boules lyonnaises ou Sport Boules (à cause du jaune le midi après le jeu), de nuages (à cause de ces cons de profs qui disaient que j’avais la tête dans les nuages ben voilà, j’apprécie plus les types et les variétés que le genre), de lumière (qui fait de l’éclairage fait un peu de physique) et de vins dont le raisin est issu de l’agriculture biologique (en viticulture et en vinification, ce qui fait que nous n’achetons plus de vin en supermarché, nous préférons la rencontre avec un vigneron, essayer de consommer des bières de meilleure qualité, et la Kro mille fois merde, je tombe dedans de temps en temps mais j’évite). Tu vois notre mode de vie est loin du punk, ce fleuron de la société de l’ultra consommation.

02. Parlons un peu d’EBRUITEZ ! Qu’est-ce que c’est vraiment ? A quoi ça sert ? Pourquoi ? Depuis quand ? Pourquoi ce nom ?
Stéphane: eBruitez ! est une asso que nous avons monté à trois avec Bruno et Nicolas au départ après un énième trajet à destination d'un concert à Nevers ou Orléans. Nous nous lamentions de la raréfaction de ces soirées qui s'espaçaient dans le temps. Nous nous sommes dit que plutôt que s'en plaindre, nous n'avions qu'à nous prendre en main et en organiser chez nous (à Bourges) pour nous contenter en premier lieu. Il y avait plusieurs objectifs : d'abord organiser des concerts bruyants de groupes amateurs sans manager ni press-book ni vocation professionnelle. Animer les soirées concert par la présence de distros et tables de presse afin d'y diffuser des disques, des zines, de la presse alternative, des modes d'expression, des arts alternatifs… Des soirées pas uniquement musicales où l'on communique et échange. Ensuite programmer à chaque fois un groupe local pour créer une émulsion locale. Donner aux berruyers l'envie de s'organiser aussi pour enrichir la programmation locale. Dans ceux que nous n'avons pas encore atteints, il y a le souhait d'aider ces groupes locaux à produire ou coproduire leur musique et jouer ailleurs.

03. De combien de personnes se compose la clique ? Qui fait quoi ? Avez-vous pu trouvez facilement de personnes prête à s’investir ?
Stéphane: Le noyau dur s'est lentement composé de 4/5 personnes qui s'investissent en fonction de leur disponibilité avant et pendant les concerts. Nous sommes aidés par pas mal de personnes, ami(e)s  et sympathisant(e)s qui ne sont pas tous là que pour la musique - certains n'aiment pas… Mais tout le monde semble heureux de s'y retrouver à chaque fois. Alors, que demander de plus ? Les tâches sont plus ou moins souples mais je m'occupe beaucoup du relationnel, de la programmation ; Bruno des comptes et de superviser le côté technique. Pour le reste, tout le monde prépare un peu le repas du jour du concert, l'affichage et la promotion du concert. Chacun arrive à trouver une tâche les jours du concert en fonction de ses envies.

Bruno: Je n’aime pas la notion de partage des tâches où tout le monde peut faire tout et n’importe quoi, je n’aime pas cette notion anar autogestionnaire, par exemple je ne supporte pas m’occuper de la buvette et donc je ne le fais jamais. Il y a des compétences, nous les utilisons et chacun / chacune s’implique dans son affinité. Effectivement quand Steph s’occupe de la prog, oui il le fait bien même quand des groupes de métal sont programmés et que je n’aime pas, tant pis, si je ne suis pas content je n’ai qu’à m’investir du côté de la programmation, mais le collectif passe avant l’égo, je respecte. Il y a bien d’autres chats à fouetter que de critiquer le travail des amis.

04. Etes-vous impliqués dans d’autres activités plus ou moins liées au punk ?
Stéphane: Je trimballe ma distro à des concerts ; elle sera bientôt intégrée à la structure eBruitez ! pour que les bénéfices engrangés puissent alimenter une caisse noire. Top crédibilité punk. Pour le reste… Ma fille met un badge Kawaii rds sur son sac d'école ! Top crédibilité Kawaii !
Bruno: J’aime le bruit issu de l’analogique. J’ai un petit projet « Tornado Alley », un nom un peu con puisque je n’y ai jamais mis les pieds. Ce n’est pas un travail de DJ, ni de musicien et encore moins artistique, c’est total DIY analogique, expérimental, improvisé avec ses petits secrets (surtout sans parole). Après est-ce qu’il y a un rapport avec le punk peut-être que oui, peut-être que non ce n’est pas à moi de le dire. Est-ce une autre forme de punk ? J’ai également utilisé le nom de 10 KO pour un truc plus punk as fuck, il y a tellement de belles prods bruyantes à se rendre sourdingue.

05. Juridiquement, quel est le statut d’EBRUITEZ ? C’est une asso ? Un collectif ?... ? Qu’est-ce que cela apporte de plus ou de moins ?
Stéphane: Nous avons monté une asso loi 1901 pour pouvoir adhérer à la structure associative d'Emmetrop qui nous loue le Nadir, une des salles de la Friche l'AntrePeaux gérée par la susdite asso Emmetrop. Le cadre associatif nous permet de nous assurer en cas de pépin aussi. Eh oui, le mec qui va vomir dans le jardin de la voisine après un concert ne dessert  que rarement une cause, aussi généreuse soit-elle… Mais top crédibilité auprès des copains.
Bruno: La vie associative est belle et nous ne sommes pas autogérés squatteurs totonomes sans foi ni loi. Il y a un bureau qui dirige, des comptes qui sont clairs, jamais de coups de gueule (et j’espère jamais, cela voudra dire qu’il y notion de pouvoir et le pouvoir je le vis déjà avec l’État et le monde salarié et dans ce cas, je ferai autre chose parce que ça suffi comme ci). Même si aujourd’hui j’ai les comptes en main, demain ce sera une autre personne et j’espère lui transmettre un savoir faire compréhensible de tous. Plus nous réussirons à transmettre le désir et le plaisir d’être en asso, plus nous gagnerons des points. Le no futur destroy passe ton chemin et du passé faisons table rase, non plus, passe ton chemin. Les vieux, c’est l’expérience, je les écoute et j’évite leurs erreurs afin de mieux progresser.

06. Vous organisez à la Friche de l’Antrepeaux. Vous pouvez en dire plus, sur ce lieu, et les activités qui y sont liées ? Vous faites des trucs ailleurs ?
Stéphane: Je laisserai Bruno présenter son asso, Emmetrop où je ne suis que bénévole/adhérent. On n'a pas organisé de concerts ailleurs parce qu'on n'est pas prêt à jouer (faire jouer si tu préfères mais j'ai coutume de dire que je joue, qu'on joue, à tous les sens du terme, les soirs où nous organisons des concerts) n'importe où et à n'importe quelles conditions. Nous prospectons des cafés mais cela n'aboutit pas bien. On est un peu "trop".
Bruno: D’abord Emmetrop ce n’est pas MON ASSO, cher administrateur, c’est l’association qui m’a embauché pour un travail en contrepartie d’un salaire.
Je connaissais Emmetrop depuis mon premier concert en 1986 avec Ausweis, les Wash et les BxN. C’était une première époque, celle de la ludique, celle que j’ai connue en tant que spectateur (les collègues vendaient pleins de fanzines, j’étais le seul à en acheter, courage mon petit David). Puis le service national m’appelant j’ai donc été tout naturellement objecteur en 1993. L’insoumission très militante et courageuse, ne l’était pas pour moi. Trop lâche je suis rentré chez les tropiens et les tropiennes. Bref en 1992-1993 c’est l’époque des contrats aidés, Emmetrop se structure professionnellement (c’est aussi le début de la fin d’une certaine complicité entre les individus). 1992 c’est également l’installation sur la friche qui n’est pas encore occupée culturellement. Comme dans toutes boîtes, on a vu passé quelques équipages et ce n’est pas fini. De l’origine (1984) il reste trois personnes fortement investies dans le projet culturel et artistique. L’association tourne entre dix à quinze salariés. Emmetrop travaille dans tous les domaines artistiques et culturels sans être la spécialiste de telle ou telle pratique. Elle touche à tous les domaines que ce soit la musique, le théâtre, la danse, la performance, les pratiques amateurs et semi professionnelles… C’est une équipe, un projet et un lieu principal de programmation. L’association est subventionnée pour ses activités (État, région, département et ville). Depuis quelques années après de bonnes batailles de négociations, la friche L’antre-peaux est devenue un lieu entièrement dédié à la culture et gérée par un collectif de cinq associations culturelles (dont quatre à demeure). Actuellement la friche est en cours de réhabilitation et là c’est du sérieux. Enfin ! Comment définir la friche, un lieu intermédiaire entre l’institution et le squat d’artiste ? Oui, mais pas seulement. Débat à suivre. Pour celles et ceux que la question intéresse : http://autresparts.free.fr/
Emmetrop je le ressens comme une forme artisanale du spectacle et pas une grosse machine (avec ses avantages et ses inconvénients). Si par exemple cette semaine, j’ai pas trop envie de bosser et qu’il n’y pas trop de travail, sur trente-cinq heures je vais en faire vingt. Va dire ça à ton patron en entreprise traditionnelle.

07. Qu’avez-vous organisez jusqu’à présent ? Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs ? Anecdotes ?
Stéphane: Pire concert : une soirée métal où la sauce n'a pas pris sur le plan humain : pas de discut' entre groupes, entre groupes et bénévoles et ambiance "metal academy" pour le groupe local …qui s'est séparé un mois plus tard ! Bon, l'arrivée décalée de Sick Terror avec un set à trois heures du matin à l'arrache dans un local de répèt' - j'avais vu Merel dans les mêmes conditions à Orléans sur leur dernière tournée dans les 90's… -  restera un de mes meilleurs souvenirs pendant un moment je pense : il n'y a plus que moi qui croyais à leur venue. Le fait d'avoir vu arriver des bénévoles aussi pour grossir nos rangs de façon formelle ou juste amicale ; le fait que d'autres assos se soient mises à faire de même : ça aussi ça fait plaisir, ne serait-ce que pour se sentir moins seuls. Et j'avoue que voir graviter de plus en plus de nouvelles pousses bruyantes montre que notre volonté de faire jouer des locaux à chaque fois commence à être perçue ; prochain groupe: Outcold, du metal bien gras et rampant, sludgy et doomy. A suivre.
Bruno: Pires souvenirs : Pendant un concert, des jeunes babanes qui tapent le djembé en pleine nuit dans la cour de la friche, là ou le son fait caisse de résonance pour faire venir la BAC. Pari réussi. Tu parles, les voisins sont des tendus du slip. Fumiers.
Sinon, en mauvais souvenirs aussi les boneheads (fuck fuck fuck de sale race) et les métalleux satanistes nazis (triple fuck de sale race). Tous des négationnistes, qu’ils crèvent ! Rien que de la mouche à araignées, de la viande à rat. Que les victimes de ces salopards pardonnent mes propos. Je rêve d’être un zombi et de les bouffer.
Meilleur souvenir : Tenir la grosse caisse du batteur de Sick Terror pour l’empêcher d’avancer à chaque coup.

08. Quels groupes aimeriez-vous faire jouer ? Et votre affiche fantasme ? Et puis tient, histoire de se faire quelques ennemis, quels sont les groupes que vous ne voudriez pas inviter ?
Stéphane: Plein de groupes existants ou à inventer sont susceptibles de jouer ici ; j'ai souvent contacté des groupes sans avoir entendu la moindre note d'eux mais parce que je savais que ça collerait sur le plan humain déjà. Ceux qui ne joueront pas ici sont ceux qui n'entrent pas dans la catégorie évoquée dans la deuxième question. J'ai utilisé toute ma diplomatie pour dire fermement à un groupe local qui s'est pointé à une de nos réunions que nous ne les programmerions pas car même si leur musique était bien faite, leur côté fusion ne collait pas à notre idée du bruit. D'autres assos peuvent les faire jouer. J'ai expliqué pendant trois ou quatre mails insistants à un manager qui me recommandait plusieurs  de ses groupes qu'il ne serait pas possible pour eux de jouer pour nous car avoir travaillé avec un producteur de Madonna sur une demo ne nous semblait pas si convaincant. Bref, on est une asso amateur qui fait jouer des groupes amateurs sans manager ni plan de carrière.
Bruno: Je fais pas la prog, je m’en tape un ballon (de gros rouge, santé !)

09. Concernant les groupes que vous faites jouer, comment les choisissez-vous ? Y a-t-il des critères qui rentres on compte ? (Rapport humain, style de musique, démarche, groupes locaux…) Sur la même affiche, on trouve souvent un groupe metal, avec du hardcore. Pourquoi ? Un rapprochement de ces scènes et publics est-il possible ?
Stéphane: Tu le dis toi-même : tout cela entre en compte mais il est très souvent arrivé que nous contactions des groupes sans en avoir entendu une seule note de musique - je me répète - : "ah bon, y'a pas d'audition" est la réaction la plus fréquente des jeunes groupes locaux (de métal) qu'on a pu programmer. Si ce genre de démarche permet de faire tomber l'esprit de compét' qui perdure dans le milieu métal notamment, alors, c'est déjà ça. On compte beaucoup sur les recommandations de nos relations ou des groupes déjà venus eux-mêmes. Les échos que laisse l'asso sont semble-t-il plutôt positifs et le fait que l'on veuille avant tout passer une bonne journée entre bénévoles et groupes d'abord, et puis une bonne soirée avec le public ensuite laisse des traces dans les esprits. Ca explique aussi les idées d'animation et d'information : tables, expositions, tombola, pages d'expression dessinées (griffonnées ?) pendant la soirée. On ne veut pas que le public voit jouer un groupe, sorte, revienne pour le suivant, etc… On a le souci que nos visiteurs (groupes et public) repartent en gardant un bon souvenir de leur soirée que ce soit parce qu'ils ont découvert un groupe en live ou sur disque, un zine comme le tien, des idées politiques ou une façon d'organiser une soirée musicale (?) associative avec sortie libre.
Bruno: Un critère important, éBRUITez est pauvre, donc pas de sous (et ne veut surtout pas devenir riche, ce n’est pas le but), juste pour Total Elf Fina afin que les musiciens puissent rentrer chez eux. Par contre, je crois que l’on mange bien (merci à celles et ceux qui mettent la main à la pâte pour les repas). Comme dirait l’autre réac « Avec éBRUITez, ça se bouffe pas ça se mange ! » Il y a un critère sur les groupes, mais il devrait y avoir un critère sur le public également (désintégrer les patriotes et autres homophobes à leur arrivée à la billetterie).

10. Il y a toujours des tables de presses et des distros pendant vos concerts. C’est important pour vous ? De mon coté, j’ai parfois l’impression qu’il y en a de moins en moins, hormis les stands merchandising des groupes. Qu’en pensez-vous ?
Stéphane: Faire passer des infos me semble plus important que de vendre du textile à l'effigie d'un groupe à des prix dignes des supermarchés de la mode (lieux bien connus de la culture DIY). Oui, diffuser un zine, donner à connaître des groupes, des labels pas ou peu connus me paraît encore important : on ne peut pas passer son temps à vivre par procuration sur internet. D'ailleurs, je passe un peu trop de temps sur cet échange épistolaire moderne à répondre à cet interrogatoire très précis…
Bruno: Les distros sont inutiles, rien ne vaut un vrai stand de marchandising avec des bonnets à l’effigie des stars. SVP investissez chez David, il a y de bonnes choses. Arrêtons la gloriole punk, comme je disais plus haut « ultra consommatrice » d’individualisme, d’égo et autres cochonneries (bigre je vais passer pour un militant de la décroissance si ça continue, mais pas de problème, un décroissant ne supporte pas le bruit, sauvé des eaux mon gamin). Le punk n’a rien de révolutionnaire. Entre un disque de Drop Dead et un verre de chez Claude Courtois (Vin de Sologne) tu n’hésites pas tu écoutes et tu bois. Mais entre un disque d’Anti-Flag et une Kro, tu n’hésites pas, tu fais autre chose de ta vie. Comprend qui veut.

11. Ebruitez n’échappera pas à la question sur le straight edge ! Quelle opinion avez-vous du sXe ?
Stéphane: Tu seras toujours le bienvenu : y'aura toujours du faux coca, du jus de fruit au bar enfumé.
Bruno: David, tu perds du temps, vient boire un verre de vin. Le vin est bon. Dire que tu es en Bourgogne et tu vas jamais en Côte Chalonnaise ? Ah c’est pas vrai ça… pffff (ok le tabac t’es pas obligé, même si un peu de tabac est agréable de temps en temps).
Le SxE, rien à faire. Tu fais ce que tu veux, tant qu’on te casse pas les couilles avec il faut faire ci ou ça ou comme ci comme ça comme peuvent le faire les religieux. Mais soit dit, entre une kro et un bon jus de fruit, ok pour le jus de fruit (et la Kro après ? bande de brigands…pfff).

12. Bon, demain, je me décide à organiser des concerts DIY… Alors quels conseils pourriez-vous me donner ? Quelles sont les choses à savoir, à éviter… Les p’tites combines, les problèmes légaux, promo à faire, relous à gérer… Dites-moi tout les enfants !!
Stéphane: Déjà, si c'est demain, t'aurai pu prévenir plus tôt, parce que côté promo c'est naze, personne ne le savait ; qui joue ? La promo, ça se prépare un mois et demi à l'avance, coco, et avoir des modèles d'affiches en réserve te permettra de pondre des affiches et des flyers au débotté. Ensuite, les histoires de père Castor :
Premier conseil : vérifié que ce qui était décidé la semaine d'avant est toujours valable, semaine après semaine jusqu'au jour du concert. Exemple, le groupe qui te dit qu'il viendra à deux voitures avec tout son matériel et qui au dernier moment te dit qu'ils viendront à deux voitures toujours car ils n'habitent pas tous au même endroit mais qu'il faut leur trouver une batterie et trois amplis. Autre exemple, les insouciants qui oublient que sur une petite route, couvrir 250 km prend environ 4h ou que pour arriver en début d'après-midi, il vaut mieux partir dans la matinée… A moins d'avoir un local permanent, cale la date en fonction de tes disponibilités et de celles de la salle plutôt qu'en fonction des dates de groupes en tournée ; nous on cale la salle et on fait une affiche de 4 groupes, comme cela, au pire si l'un ne vient pas et ne peut-être remplacé, il t'en reste 3. Et pour les remplacements, garder en réserve des contacts de groupes pas trop éloignés qui seront ravis de te dépanner dans les deux heures au pied levé : au passage, chapeau et merci  les Charden (et) Stoned !
Bruno: CQFD, tout est dit. Merci maman et papa castor.
En amateur, fais gaffe à la notion de pouvoir de l’individu, ça amène vite au clash. Quand il y a salariat, ce n’est pas pareil.

13. Dans le même ordre d’idée, mais coté thune maintenant ! Ca revient à combien d’organiser un concert ? Quels sont les divers frais auquel vous devez faire face ? Comment se passe le défraiement des groupes ? Rentrez-vous dans vos frais ?
Stéphane: Tiens, la balle à Bruno : "bon courage, Bruno" ;-)
Bruno: De quel côté tu places la barre. Quel lieu ? Quelle technique ? Quelle programmation ? Quel public ? Quelles aides ? Déjà cinq questions qui vont te permettre d’établir ton prévisionnel. Un concert d’un groupe dans un bar, un concert éBRUITez à la friche, un concert Emmetrop à la salle Le 22 d’Auron, un concert de Bourges en Scène au Palais d’Auron. Il y a bien quatre concerts, deux amateurs et deux professionnels. Quatre recettes et quatre dépenses totalement différentes. Lequel choisir ? Allez le deuxième avec l’association éBRUITez. (Les deux suivants valent le détour aussi mais ce n’est pas mon propos, une prochaine fois peut être).
Nous avons le lieu puisque nous restons à Bourges (on va pas faire un bilan financier d’un concert de l’autre déb… de Johnny au Stade de France, non pas Buendia, il a jamais joué au Stade de France avec sa R16). La friche L’antre-peaux, salle Le Nadir.
Programmation : quatre groupes.
Technique : matériel des groupes et parfois laissé à disposition pour ceux qui ont besoin, solidarité. Mais il faut négocier avant et ne pas mettre un musicien sur le fait accompli.
La diffusion de la salle, chouette, il y a un système basse + tête, console et traitement. Deux retours + ampli (léger mais ça peut le faire), des micros, des pieds, des pinces, un technicien son aidé par un acolyte. De la lumière, s’il y a c’est bien, s’il n’y a pas, pas grave, old school. Mais bon un sondier et ou lighteux bénévoles ce n’est pas systématique, donc à prendre en compte (ça monte vite en flèche).
Les musiciens font dodo après le concert, où dorment-ils ?
Tous les organisateurs et les musiciens mangent : pour un concert éBRUITez, il faut compter une trentaine de personnes. Chez éBRUITez, nous mangeons, on bouffe pas. Donc c’est un repas amélioré. Un musicien comme un bénévole ne regarde pas trop ce qu’il boit, du moment qu’il y a de la Kro… pffff
Les assurances : utile pour le matériel, mais les assureurs, tous des voleurs.
La Sacem, Cnv… hein , quoi ????
Les groupes ne sont pas payés ils sont tous bénévoles. Ce que nous leur donnons c’est pour rentrer chez eux. Pas de salaires, tant mieux. éBRUITez n’a pas de numéro de Siret, ni APE.
Les prix d’entrées : les entrées doivent rembourser le coût du plateau artistique. La buvette, le reste. Le prix des boissons : d’abord tu n’es pas là pour alcooliser les gens, donc prix de la boisson un peu plus cher. De toute façon les gamins achètent tous leur alcool avant le concert au super du coin. Pour rentrer à peu près dans les frais il faut plus de quatre-vingt personnes pour une entrée à cinq euros. Et sur Bourges ce n’est pas évident. S’il y a une centaine d’entrées, je donne un peu plus aux groupes. Je ne travaille pas pour organiser des concerts j’y mets de ma poche, mais pas trop. Avoir plein de copains et de copines de concerts ça ne m’intéresse pas plus que ça.
La recette buvette équivaut à environ deux tiers de la recette billetterie (jamais plus). Si tu fais un tiers de la recette billetterie, il y a un gros gros problème.
Ne pas oublier de copier tracs et affiches, attention aux voleurs pour la reprographie.
Fais gaffe aux gens qui t’entourent. Si tu mets mister alccolo derrière le bar, t’auras un sérieux problème, attention au copain toxico (fais gaffe à ta caisse) c’est con, mais on connaît pas assez la misère de la tentation. N’oublie pas non plus : trop gentil trop con, j’te nique. Le punk c’est ça aussi.

14. Et les subventions ? Vous en avez  (ou souhaiteriez-vous en avoir) ? Pensez-vous que cela soit en accord avec notre idéal punk, diy, underground machin ?
Stéphane: Non ! Ca oblige surtout vis-à-vis de ceux qui te les donnent. Après avoir posé cela, il faut voir si tu a envie de collaborer avec des organismes officiels. En même temps, on en profite indirectement par l'utilisation des infrastructures de l'asso Emmetrop qui, elle, est subventionnée, alors on en se prétend pas libres comme l'air non plus…
Bruno: ben oui… Nous ne vivons pas d’amour et d’eau fraîche. On n'est pas montagnard (y’en a pas dans le Berry, mon gars)

15. Je me doute que c’est forcément variable, mais combien faites-vous d’entrées en moyenne ? Qui se déplace à vos soirées ? Quelle est l’ambiance ?
Stéphane: Minimum 60 avec des pointes autour de la centaine. Une stabilisation autour de ce dernier chiffre nous plairait pour asseoir un peu notre budget. Notre public : sans uniforme ou/et métalleux noirs vêtus, punk en treillis ou sans, curieux et amateurs de sensations fortes… Pour l'ambiance, je sais qu'on s'amuse bien en général du côté des orgas et des groupes. Maintenant, tu es peut-être plus à même d'en juger, non, toi qui es un fidèle ?

16. Et qu’est-ce qu’il se passe à Bourges, et dans le 18 en général ? Y’a des groupes, labels, zines, assos ?
Stéphane: Y'a About to rock qui organise des concerts un peu plus mélo que nous ; le SCALP qui fait du punk et du ska politisé - ils sont d'ailleurs présents à chacun de nos concerts ; des jeunes qui se montent en assos et montent des affiches (cool !!) et puis surtout, il y a Emmetrop - alias Memetrop, 20 ans et quelques - qui sont contents qu'on les "concurrence" et qui nous fournit des occupations intellectuelles et culturelles diverses et variées avant et après… le Printemps de Bourges (un petit festival pas cher et annuel depuis 20 ans lui aussi).
Bruno: Il y a les Scandales en Plastiques (punk), Roller association qui organise un festoche rock garage, surf…

17. Allez hop, c’est l’heure de la question hype ! Vous écoutez quoi en ce moment ? Une petite playlist peut être ?
Stéphane: Des noms de groupes que j'ai écoutés cette semaine sur disques ou fichiers numériques : Neurosis, Norah Jones, Ruts + Mad Professor, Uz  Jsme Doma,  Dead Kennedys, Madeleine Peyroux, Church of Misery, Impure Wilhelmina, His Hero Is Gone, Bad Brains, Mastodon, Fearless Iranians From Hell, Dub Trio, Messiah, Motörhead, Pixies, Nino Ferrer, Lard, Tales of Terror, Yellow Machine Gun, Viimeinen Kolonna, Sick Terror, Offenders, Flogging Molly, Dexy's Midnight Runners, Thin Lizzy, FaceDownInShit, Calavera, Golem of Flesh… Mais j'ai réussi à éviter d'écouter Slayer, AC/DC (pre 80), New Bomb Turks, Poison Idea, Voivod, Cryptic Slaughter, early CoC, DRI, Cro Mags, Agnostic Front, Celtic Frost, Botch, Descendents, Napalm Death, Rudimentary Peni,Diana Krall, ACME, Sofa Head, Suffer, Firmin Muguruza, Sade, Sarah Vaughn, Ella Fitzgerald, Coltrane, Pogues… Enfin, les trucs faciles que tu mets sans réfléchir parce que t'es accro à vie (bien qu'il y ait encore d'autres choses à découvrir). Bref : quand j'ai envie d'écouter quelque chose, j'y vais même si les bpm vont du cool au blast beats. Ah, et puis j'oubliai le fond sonore de ma fille (NRJ) et de mon fils (chansons enfantines et rock de "brailli-braillou" comme on dit chez nous pour définir la musique préférée de papa).
Bruno: Ouah, tout ce qu’il a mis, trop balaise… Souvent Serge Utgé Royo, en ce moment The Ex, Explosion in the Sky, beaucoup de brailli braillou évidemment.

18. Y’a toujours des crânes sur vos flyers ! C’est une obsession ou quoi ?? Plus sérieusement, est-ce que l’illustration (flyers ou affiche) est quelque chose d’important pour vous ? De nos jours, l’image est omniprésente, alors pensez-vous que l’esthétisme/ graphique punk ai toujours autant d'impact qu’aux origines du mouvement ?
Stéphane: C'est une concession à la mode actuelle : on essaye d'être tendance. Ca permet surtout de fédérer les publics de bruits metal et punk. Nos flyers et nos affiches ont de l'importance mais pas démesurément : pas de papier glacé bifacé et coloré chez nous. On imprime à l'arrache (perruque !) sur des feuilles recyclées ( : c'est fou ce qui se balance comme feuille dans une semaine dans un lycée). On nous a même offert une ramette de papier blanc parce que nos flyers devaient faire trop "cheap" !
Bruno: les têtes de mort, c’est carrément trop cliché, mais je crois que ça marchera toujours, culture humaine universelle oblige.

19. Chose amusante, vous faites parfois des petites tombolas ! Pourquoi et comment est venue cette idée ?
Stéphane: L'idée est venue par dérision vis-à-vis des rifles (bingo !) du Berry qui attirent bien plus de monde que nos concerts : ça, c'est de l'événement culturel. D'autre part, on a des tas de trucs à refourguer mais même quand tu mets ça dans un carton sur lequel est écrit "sers-toi, "gratuit", tu ne le vides pas ; alors que là, des gens nous achètent des tickets pour le même résultat : des zines, des revues, des K7, des Cd's, des autocollants… Bon, pratiquement tous les tickets sont gagnants et mine de rien, ça fait trois platines vinyl qu'on refile en 3 tombolas : donc je me dis qu'on ne se fout pas du public.  Et puis ça facilite la réponse à la question : à qui on choisit de la donner sinon ? Comme ça, de jeunes c… pourront découvrir des tas de groupes de vieux c… sur 33 ou 45 trs ('tu sais, des grands Cd's noirs, là' - 'faut les comprendre, pour eux, un disque ça s'appelle un Cd ; bon, ils sont équipés parfois aussi, un de mes élèves m'a emprunté 'Killers' de Maiden pour le … numériser !) Au dernier concert où je suis allé à Bourges, un mec est venu me voir pour savoir quand aurait lieu le tirage… sauf que ce n'était pas un de nos concerts.

20. Voilà, j’en ai terminé !! Si vous-voulez rajouter autres choses, vos projets, ou ce que vous voulez…
Stéphane:¡ Juste rendez-vous à bientôt avec vos fines bacchantes et vos sombreros, compañeros ! Le 7 juillet a lieu notre Grind Day / Fiesta Grande à la Friche, L'antrePeaux à Bourges, 26 rte de la Chapelle (confirmés : Nesseria, Carmina, Submerge, Rotten Cunt, 12225 Chacals,  ; à confirmer Outcold, Vomit for Breakfast, Calavera ou Piloophaz dans leurs résurrections actuelles… Plus 3/4 autres groupes + des distros, des tables, de la resto, de15h à 24h). Pour vous tenir informés, passez par le site de David qui vous tiendra au courant (même s'il le découvre en même temps que vous) et par le site (Myspace !!) de Krawa productions qui nous concoctent un visuel à la mexicaine, olé. Rien d'autre à ajouter: tu vois bien que ton lecteur fatigue.

eBruitez ! c/o Stéphane Bonnin
9 allée des averdines
18000 Bourges
stephane.bonnnux[a]wanadoo.fr