EARQUAKE ZINE


Pas grand chose à dire, sinon qu'EARQUAKE est sûrement un des zines français les plus respectés, un des plus anciens aussi, qu'il a fait découvrir le milieu punk, HC, D.I.Y… à beaucoup de personnes, moi y compris. C'est le premier zine que j'ai lu (en Juin 1995), donc il était normal, pour moi, qu'une petite interview de Fred soit présente dans ce numéro. Voilà, c'est tout, et encore merci Fred!

1. Salut Fred! Avant tout merci de te présenté (age, job …), qui tu es quoi!
Salut ! Je suis maintenant un vieux punk de 35 ans, qui passe encore beaucoup de son temps à écrire, photocopier et assembler un petit zine. Je fais aussi partie d’une asso de concerts à Nancy (Kanal Kysterik). Sinon, dans la vie civile, je suis prof d’anglais dans le lycée de ma ville.

2. Pour ceux/celles qui ne connaisse pas Earquake (?) tu peux tous nous dire sur ton zine (pourquoi ce nom, depuis quand il existe, tirage, choix du format …)
Et bien Earquake est un zine photocopié en format A5. Il a paru pour la première fois en 1988 (le premier n° était écrit à la main). Il a d’abord été mensuel pendant un peu plus d’un an, puis il est sorti pendant une dizaine d’années tous les deux mois. Maintenant, j’essaie de le sortir tous les 3 ou quatre mois car j’ai beaucoup de boulot à côté. Il fait 28 pages et dedans on y trouve quelques interviews (quelquefois une seule, je privilégie la qualité à la quantité) et beaucoup de chroniques (musique, zines, livres) et des news / contacts. Le choix du format, c’est un compromis obligatoire entre la quantité de ce que je veux mettre dedans, le A4 plié en deux est pratique pour la photocopieuse et pour les envois par courrier. Au départ, je voulais l’appeler Earthquake (tremblement de terre), le n° zéro est sorti sous ce nom, car le week-end ou je l’ai assemblé il y avait eu un terrible tremblement de terre. Mais pour le n° suivant, j’ai fait un logo en style punk classique avec des lettres découpées, et en les recollant, j’ai collé le « q » avant le « t », ça faisait « Earquake », un jeu de mot sympa (« séisme auditif »). J’ai tenté de changer de nom une ou deux fois pour prendre un nom en français, mais j’y ai à chaque fois renoncé au dernier moment.

3. Earquake, c'est ta première expérience niveau zine?
Oui, quand le premier numéro est sorti, ça faisait des mois que je taraudais mes copains punk feignants de l’époque de faire quelque chose. Ils m’ont suivi le temps de deux ou trois numéros et après je me suis retrouvé tout seul derrière la machine à écrire. Auparavant, j’avais créé un tape label qui faisait des cassette démos et compiles.

4. Qu'est ce qui ta donné envie de faire un zine? Quels étaient tes buts au départ? Tu pense avoir atteint ton objectif?
Je n’avais pas vraiment de buts au départ, à part me créer un réseau de relations dans la scène punk, vu que je vis dans une région assez isolée. Quand j’ai commencé le zine, je jouais dans un groupe, et on voulait se faire connaître auprès des zines, je pensais qu’en faire un moi même serait un bon moyen de faire le premier pas. J’avais quelques résolutions au départ tout de même, comme d’essayer d’avoir un rythme régulier, et de toujours garder quelque chose qui soit fait personnellement de A à Z (courrier, rédaction, mise en page, photocopies, agrafage, envois, distribution…), et de ne jamais prendre de pubs payantes. Je m’y suis tenu (sauf pour le rythme régulier maintenant…).

5. Qu'est ce qui te motive après toutes ces années? Tu pensais sortir autant de numéros (bientôt 80!)? Que t'apporte Earquake?
Bien sûr, quand j’ai commencé, je voulais faire un zine qui ressemble en gros à ce que j’aurais envie de lire. Je lisais beaucoup de zines à cette époque, et la plupart cessaient de paraître au bout de deux ou trois n°s. Donc, je me suis dit que je me sentais capable de m’investir dans le truc plusieurs années. Je pensais que dix ans ce serait déjà pas mal, c’est sûr que je ne me voyais pas, à trente cinq ans, bosser sur un n°80… Si je continue, c’est que le zine m’apporte quelque chose. Certes, ça coûte de l’argent de sortir un zine, surtout quand il est échangé contre des timbres… Mais ça me permet de recevoir quelques disques que je ne trouverais nulle part (du HC finlandais, du punk mexicain, une démo du Népal…) et surtout, par échange, de lire des tas de fanzines. Et j’adore lire les zines encore plus que de faire le mien. Ensuite, ça m’a permis de sympathiser avec un nombre appréciable, même s’il est finalement restreint, de personnes avec qui j’ai plus d’affinités qu’avec les gens que je côtoie au quotidien. C’est vraiment le côté relationnel qui fait que je continue encore.

6. Parlons business! En gros ça te reviens à combien de faire un zine (imprimerie, port, flyers…)? Tu arrive à rentrer dans tes frais? Ça a pas été trop dur au début?
Je dois dire que je ne tiens pas de compte de l’argent qui sort ou rentre avec le fanzine. Quand un zine sort, il faut d’abord l’imprimer, et les photocops me reviennent à 23cts. Un zine, c’est 14 copies, donc un prix de revient de 3F22. J’en imprime 400 à chaque fois. Ensuite, je fais environ 400 planches de flyers au même prix. Ca fait donc environ 1350 F de photocops à chaque numéro. Dans tout ça, je ne compte pas le toner de mon imprimante. Ensuite, les numéros, il faut les envoyer (ça coûte 4,20F pour chaque ex, plus cher que l’impression !). Le budget courrier est donc plus gros que le budget impression (!), c’est pour ça que je demande des timbres en échange du zine. Il est évident que mon imprimeur ne prend pas des timbres en paiement, et donc, il y a les abonnements qui couvrent une partie de ce coût, mais une partie seulement. A côté de ça, j’ai une petite liste de distro avec des articles vendus sans profit (les démos de groupes, quelques CDs) et d’autres (quelques K7, CDs, les promos qu’on m’envoie) avec une petite marge de bénef qui j’injecte dans le zine. Rentrer dans ses frais est donc totalement impossible, et d’ailleurs je ne l’envisage absolument pas. Ca correspondrait à se plier aux lois du marché, à adopter les stratégies commerciales auxquelles je n’adhère absolument pas : chercher à optimiser ses coûts / son temps, accepter de louer des pages de pub, vendre uniquement si on est sur de rentrer dans ses frais, etc. Le zine est une passion, et toute passion coûte de l’argent (aller à la pêche, faire du sport, regarder la télé, fumer, boire…). Parmi tout ça, j’ai fait mon tri, et ça ne me dérange pas de consacrer le fric que je passe ma vie à gagner à ma passion (privilégier un plan épargne logement, c’est ça qui est punk ?).


7. Tu fait quoi en dehors du zine (label, distro, assos, groupe…)?
En dehors du zine, il m’arrive de participer à la réalisation de certains disques / zines / livres, si ce sont es projets qui s’inscrivent dans ma façon de voir les choses (réalisations DIY, coopération de plusieurs personnes sur un projet qui n’est pas juste un objet à vendre). J’ai aussi ma petite liste de distro, je recherche des disques rares, je fais partie d’une asso de concerts… Sans rapport direct avec la scène punk, je suis aussi délégué syndical (Ecole Emancipée, le syndicat anarcho syndicaliste de l’Education Nationale) dans mon bahut, ça prend pas mal de temps. Jouer de la musique, ça ne m’intéresse plus tellement, à part jouer de la guitare pour mon plaisir personnel. Et dans le temps libre qu’il me reste, j’aime bien me bouger (nager, courir, faire du vélo, du cheval…) et aussi lire.

8. Tu as eu quelques déboires avec notre belle justice; si ça te dérange pas, tu peux nous raconter cette sordide histoire?
Oui, j’ai été poursuivi pour publication illégale et travail clandestin il y a deux ans et déclaré coupable. Durant l’enquête, les flics sont venus perquisitionner chez moi, ils ont regardé le contenu de mon ordi (heureusement, le fichier des abonnés est sur une disquette bien planquée), ils ont confisqué des t-shirts que j’avais fait fabriquer, un disque et une cassette. Ca a été un moment un peu dur, heureusement il y a eu le soutien concret de quelques personnes (chez qui j’ai caché tout ce que je ne voulais pas que les flics voient, car après la première convocation / interrogatoire, j’ai flairé qu’ils allaient débarquer dès le lendemain pour fouiller mon appart). J’ai tenu à sortir le fanzine sans retard durant tout le temps ou il m’a été notifié l’interdiction de le faire paraître. J’ai été déclaré coupable et j’ai eu de grosses amendes à payer (plus de 10000 F en tout). Des gens m’ont proposé de faire des concerts de soutien ou de m’envoyer un peu de thunes, et c’est cool de voir qu’il peut y avoir une solidarité concrète dans la scène, mais j’ai refusé cette aide car je pense qu’il y a des gens qui ont des problèmes plus graves avec la justice (squats expulsés, prisonniers politiques, militants poursuivis pour diverses raisons). Je ne pense pas être le seul punk avec un casier judiciaire (ce dernier n’était d’ailleurs pas vierge, ce qui n’a pas joué en ma faveur…) et surtout, vu comme tout s’est déroulé (enquête, procès) j’emmerde ces connards. De toutes façons, le moyen que trouve la démocratie de stigmatiser ceux qui ne rentrent pas dans le rang (quels qu’ils soient), c’est premièrement de les cantonner dans un statut minoritaire (de rabâcher, même de louer ce statut « minoritaire » jusqu’à ce que les intéressés eux mêmes intègrent bien qu’ils sont « minoritaires » et donc vulnérables, qu’ils doivent se tenir particulièrement à carreau, n’étant que « tolérés »), et deuxièmement de les criminaliser ou de criminaliser leurs comportements, leurs pratiques (pour les tenants de la pensée « majoritaire », c’est plutôt l’amnistie qui est à l’ordre du jour ! Amnistie pour les députés, amnistie pour le gros Robert dont le seul crime est de rouler un peu vite en voiture). « One law for them, and another law for us » !

9. Si ton zine n'avais aucun lien avec le punk; si Earquake était un zine metal, ciné, bd…, tu pense que tu aurai eu quand même ce genre d'emmerdes? Le punk serait il donc une menace pour certains? Si oui ça te fais pas un peu plaisir, même si c'est à tes dépends?
Je pense qu’il y a des zines bien plus « menaçants » qu’Earquake. Mais il est sûr que l’état ne s’attaque qu’aux gens sur lesquels il y a une sorte de consensus négatif de la part de la population. Les punks, contrairement aux rappeurs (je parle des stars du milieu, pas du petit rappeur de quartier, plus victimisé encore que les punks) par exemple, n’ont pas le soutien d’intellectuels, d’animateurs télé, de grosses compagnies de l’industrie de la distraction. Par exemple, les flics sont venus interrompre un de nos concerts, sans que ça n’émeuve l’intelligentsia nancéienne, qui se serait sans doute mobilisée pour un concert rap interdit. Bah, j’ai choisi mon camp, qu’importe le cours du temps…

10. Il y a des trucs à éviter pour ne pas avoir ce genre d'embrouilles? Tu as des conseils?
Un seul conseil, rester illégal mais être discret, ou monter une association et faire tout dans les règles.

11. Je suppose que cette affaire a du être préjudiciable financièrement? Et moralement? T'as pas eu envie de laisser tombé le zine sur le coup?
Non, sur le coup je n’ai pas eu envie de tout laisser tomber. Je me suis dit que j’aurais une amende, vu le dossier elle ne pouvait pas être très forte (l’amende était de 2500 F, c’est l’URSAFF, qui s’était porté partie civile qui a demandé 4000F de dommages et intérêts, et les impôts qui m’ont réclamé le restant en « cotisations patronales », trop fort !). J’ai ma fierté, j’ai assumé.

12.Bon parlons d'autre chose! Alors Fred, t'es plutôt punk, ou HC? Pourquoi? Tu n'en à pas marre que désormais on place une frontière entre ces 2 styles, à la base, plus que proche?
Musicalement, je ne fais pas de différence entre punk et HC, entre Minor Threat, un bon vieux Siouxie, XTC, Motörhead, etc. Mais c’est sûr que ces termes sont devenus des étiquettes auxquelles certains (groupes, individus, collectifs divers) ont choisi de se conformer à la lettre. C’est complètement débile. Etant d’une époque ou on ne faisait pas ces différences, je préférerai le qualificatif de punk de la vieille école. Les slogans du style « hc is a way of life » (en anglais s’il vous plaît) et surtout les jeunes adolescents qui en ont fait un guide pour leur vie, ça me fait trop rire. Imagine ton gros hardcoreux tough guy qui sort en survet de faire ses courses au Aldi. Qui fait son lit le matin. Imagine ton créteux qui se fait engueuler par sa copine parce qu’il ne veut pas descendre les poubelles, qui va manger chez sa grand mère le dimanche… Ton anarcho punk apatride qui écrit soigneusement « nationalité française » sur sa demande de RMI, qui va acheter ses clopes ou sa Kronembourg avec son t-shirt « only stupid bastards help Epitaph »… Prolétaires nous sommes, tous à égalité, alors rejetons toutes les étiquettes qui nous cloisonnent, même au delà de la scène punk, surtout quand c’est dans des mondes semi imaginaires, et rejetons aussi le mythe de l’unité (hé les mecs, il faut tous se ressembler, se fringuer pareil, acheter les mêmes disques – surtout les miens, être une menace par correspondance, etc.). Ouvrez les yeux, regardez comment vivent les jeunes dans d’autres pays et apprenez ce que c’est que l’oppression !

13. T'écoute quoi en ce moment? Tes groupes préférés? D'après tes chroniques, tu m'a l'air plutôt ouvert musicalement; y a t'il des styles que tu ne supporte pas? Pourquoi?
En ce moment, ce sont surtout des vieilles choses, des compiles style « back to front », « killed by death », « teach yourself punk rock » en ce qui concerne le punk, et puis les compiles Treasure Isle, Trojan en ce qui concerne le ska / reggae. Quant aux styles que je ne supporte pas, il y en a peu, (le rap, le jazz, la techno) et même dans ces styles il y a des choses que j’aime bien : en rap il y a Public Enemy ou NWA…. En jazz et en techno, là par contre je ne vois pas…

14. Que pense tu de la scène punk/HC en France actuellement? Toi qui la fréquente depuis un moment, comment juge tu son évolution, ou régression? Qu'est ce que tu aime et déteste dans cette scène?
Je ne sais pas trop quoi dire sur ce vaste sujet… La scène punk / hc évolue sans cesse et pourtant il semble que ses acteurs principaux soient les mêmes depuis de nombreuses années, ce qui tendrait à signifier que les nouveaux venus ne s’investissent pas dans la durée, ou passent rapidement à la vitesse supérieure (le côté bizness de la force). Mais il est vrai que j’ai tendance à entretenir des relations surtout avec des gens que je connais depuis longtemps, alors ma vision est peut être faussée. Ce que je n’aime pas dans cette scène, c’est le cloisonnement qu’il peut y avoir, et la méfiance ou un certain mépris des gens les uns envers les autres pour des broutilles.

15. Et le milieu zine, tu le vois comment? Quels sont tes zines préférés? Tu te rend compte qu'Earquake est le point de départ de beaucoup de zines actuel? Tu en est fier quelque part?
Le milieu zine est un microcosme même s’il est en pleine expansion. On retrouve un noyau dur de gens qui sont là depuis longtemps, il y a plus de solidarité dans ce petit milieu car les rapports y sont basés sur l’échange. Je ne sais pas si Earquake est le point de départ de beaucoup de zines, moi même j’ai été influencé par des tas de fanzines, alors le mien est juste un maillon de plus dans cette chaîne.

16. En plus, depuis la fin de No Government, tu es un des seul rescapé des "vieux" zines! Comment cela ce fait-il que beaucoup de zines sortent quelques numéros et basta? Motivation, argent, temps, peu d'intérêt, peu de lecteurs/trices…? T'es d'accord avec ceux/celles qui disent que c'est surtout ceux/celles qui font des zines, qui les lisent?
Ce sont effectivement surtout ceux qui font des zines qui les lisent, et c’est bien normal. Toute personne qui lit des fanzines a un jour ou l’autre envie de commencer le sien. C’est ce qui s’est passé pour moi, et je crois que c’est un peu le but du jeu de toutes façons. C’est bien que des gens restent actifs et que leurs zines soient comme des points de références fixes dans une scène en perpétuel mouvement, mais il y a des zines qui n’ont paru que le temps de deux ou trois numéros et qui étaient excellents. Ca n’enlève rien au plaisir de lire de savoir qu’un zine est le n°0 et qu’il sera le dernier, ou qu’un autre est le n°230… La motivation peut fluctuer en effet, et alors il est inutile de se forcer, ça doit rester quelque chose qui est fait pour le plaisir, ce n’est pas un travail !

17. Le prix des zines, en général, est très bas; alors pourquoi ce manques d'intérêt pour les zines? Manque de curiosité? Parce que le punk/HC c'est de la musique, donc des disques… et rien d'autres? …? C'est pareil en dehors de la France?
Le manque d’intérêt pour les zines est le simple reflet du manque d’intérêt des gens pour la culture en général et pour la chose écrite en particulier. Nombre de personnes préfèrent les plaisirs immédiats : drogue, alcool, musique, concerts, fêtes…

18. Es tu sXe? Ton avis sur ce mouvement?
Je ne bois pas d’alcool, je ne fume pas, je fais du sport, mais ça ne suffira pas à faire de moi un straight edge, étiquette que d’ailleurs je ne revendique pas. Comme tous les mouvements, il est empreint de dogmatisme et de principes moraux. Et d’ailleurs le sXe illustre bien à quel point des principes en eux mêmes positifs peuvent devenir caricaturaux, ridicules, contraignants et puants… Ce mouvement pullule de petits curetons, et de cons méprisants, qui de toutes façons auront « évolué » dans quelques années ou mois…

19. Depuis quelques temps, il y a de plus en plus de chroniques livres dans Earquake; tu compte continuer dans cette voie? Est aussi une façon de montrer que l'esprit punk (D.I.Y., contre-culture, politique…) ne se trouve pas uniquement dans la musique? C'est quoi tes livres de chevet? Auteurs que tu préfère?
J’essaie de chroniques des livres qui ont un petit rapport avec le punk. Malheureusement, la plupart des livres ne sortent pas de façon DIY, mais ce serait bien que le monde du livre voie se développer en son sein une mouvance DIY comme il en existe une dans la musique. Pour l’instant, ça semble se limiter à des brochures, ou à des livres publiés à compte d’auteur (et donc fabriqués quand même par un éditeur). Mes livres de chevet c’est très banalement « the catcher in the rye » de Salinger, et puis aussi tout ce qu’à écrit George Orwell, qui est un de mes auteurs préférés avec James Joyce que je place lui en tête de liste. Bref, que du classique.

20. A travers tes chroniques, interviews, il y a souvent des critiques politico-social, coup de gueule, ou prise de position… pourtant il n'y a jamais d'articles politique, ou textes d'opinions dans ton zine, pourquoi mon p'tit Fred? Tu ne te sent pas à l'aise pour mettre ça sur papier? Parce que tu considère Earquake comme un zine avant tout axé musique (même si tu aborde pleins de sujets extra-musicaux)?
Non, il n’y a plus d’articles d’opinion dans Earquake, car… il y en a eu dans certains numéros. Tout simplement car je ne suis pas fan de la lecture de tels articles moi même, alors en écrire ne me motive pas tellement. Oui, je préfère la remarque au détour d’une chronique, il y a des choses qui, vu le lectorat qui partage en gros mes opinions, ne nécessite pas de développement. Mon activité syndicale implique ce genre de travail (rédiger des articles, communiqués de presse, interventions orales), ça me prend plus de temps que de rédiger une chronique alors je n’en rajoute pas avec le zine. Oui, Earquake est avant tout un zine consacré à la musique, mais en insistant sur la façon dont cette musique est produite diffusée, les textes / paroles, l’attitude des gens qui la produisent, leurs buts, etc. La musique est intégrée dans une démarche « globale », reflète une façon de voir le monde, de concevoir les rapports entre les gens.

21. Tu as eu droit à un article dans Rocksound spécial punk, comment ça c'est passé? Ton avis sur ce mag très hype? Est ce que tu crois que ces hors-série peuvent apporter quelques choses au punk? Est ce que des lecteurs/lectrices de Rocksound ton écrit suite à cet article? Moi j'ai bien découvert Earquake grâce à une petite annonce dans Hard-Rock Magazine!!!
Ca s’est tout simplement passé par un contact téléphonique avec Frank le rédacteur (ancien abonné à Earquake) qui m’a proposé ça. J’ai accepté après réflexion et avoir pesé le pour et le contre. Ce mag est très hype en effet, je pense qu’il peut jouer un rôle de filtre pour notre scène. Ceux qui se contentent des gros groupes ne liront que cela et ne liront / ne feront pas de zines. Et ça peut inciter les gens plus curieux, plus motivés, plus « politisés » (au sens punk du terme) à s’investir de façon plus sincère dans la scène DIY. Il faut bien commencer par quelque chose. Mai il est sur, que toute une scène musicale « punk » commerciale risque de fleurir autour de ce mag, avec des groupes et des gens qui ne connaîtront du « punk » que ce qu’ils trouvent au supermarché culturel du coin… Peu de gens m’ont écrit suite à cet article je dois dire.

22. J'ai remarqué que tes chroniques sont rarement négatives; comment ça ce fait?!? Tu essai avant tout de respecter l'effort des groupes, en restant objectif bien sur?
Il est rare que je descende en effet un groupe, car si je n’aime pas quelque chose, je ne le chroniquerai pas forcément. Mais de temps en temps j’aime bien choisir un disque et en faire une chronique bien laide car il représente une tendance que je n’aime pas : le côté business, le côté « musique de djeunes », le côté clone américain, le côté tough guy hardcore de la mort… Si c’est une réalisation DIY, il est vrai que je privilégierai l’intention à la qualité musicale qui est de toute façon subjective. Ce qui me plaît toujours c’est les gens qui se plaignent que mes chroniques sont trop sympas, et quand je malmène un peu leur zine ou un disque qu’ils ont produit viennent se plaindre en se trouvant toutes les excuses du monde…

23. Qu'est ce que tu "juge" en premier chez un groupe; sa musique, ses textes ou sa démarche? Les groupes qui se prétende punk/HC et qui n'on rien à dire, ou sont apolitique, ça t'irrite?
En priorité, je juge si leur musique me parle, ensuite je m’intéresserai à leur démarche et à leur texte, en vérifiant qu’ils ne se contentent pas d’être stéréotypés ou faciles. On est pas toujours bien placés pour dire si des gens sont apolitiques, on ne les fréquente pas tous les jours. Combien de gens se revendiquent SCALP, RASH etc.. alors que dans la vie réelle cette activité politique se limite à quelques réunions entre potes étudiants, quelques collages d’affiches dans les quartiers étudiants… Il y a des groupes réputés apolitiques qui me paraissent à moi hautement politiques (4 Skins, La Souris Déglinguée…) et le contraire est vrai (moult groupes crust antifascistes de base…).

24. Tu aime bien les cassettes, pourtant ce support a quasiment disparue; même si il est très présent en Amérique du Sud et dans les pays de L'Est, sans oublier les mix-tapes dans pour le rap. Qu'est ce qui faisait le charme d'une bonne vielle K7 ? Ton avis sur les CD rec. ? Et les groupes qui sortent leur démo sur ce support pour faire plus pro? (en prétextant qu'ils auront plus de crédibilité chez les organisateurs de concert avec un CD plutôt qu'une cassette)
La cassette a cela de bien qu’elle permet de maîtriser de A à Z la production. En plus on sait que quelqu’un a pris du temps à la concevoir (copie, pochette, etc.). En plus, dans une scène ou l’échange a une grande importance, elle est copiable à volonté, est légère, solide et peu chère à expédier à l’autre bout du monde, facile à transporter dans une poche, etc. Le CDR présente certains de ces avantages mais est plus fragile et nécessite un certain investissement au départ, ainsi qu’une certaine maîtrise technique. Ce qui est bien avec le CDR, c’est qu’il a démythifié le CD qui était présenté à l’origine comme la marchandise parfaite (incopiable à ses débuts), et qu’il contribue au retour en force du vinyle (devenu seul support « noble »). Je ne pense pas qu’un CDR ça fasse plus pro, tout dépend de comment la chose est présentée en effet. On préfère toujours recevoir un objet sur lequel on voit que quelqu’un a consacré un minimum d’effort. C’est vrai que la cassette se prêtait bien à toues sortes de présentations non standard, mais avec un peu d’imagination, le CDR le peut aussi.

25. Voilà, j'en ai terminé avec toi Fred! Merci de me donné ton avis objectif sur cette modeste interview. A toi de finir maintenant…
Merci pour l’intérêt que tu as porté à mon zine et pour cette interview, bon courage à toi !

Frédéric Leca
Le Ménil
88160 Le Thillot

[MONONOKE #01]