Pas grand chose à dire, sinon qu'EARQUAKE est sûrement
un des zines français les plus respectés, un des plus
anciens aussi, qu'il a fait découvrir le milieu punk, HC, D.I.Y…
à beaucoup de personnes, moi y compris. C'est le premier zine
que j'ai lu (en Juin 1995), donc il était normal, pour moi, qu'une
petite interview de Fred soit présente dans ce numéro.
Voilà, c'est tout, et encore merci Fred!
1. Salut Fred! Avant tout merci de te présenté
(age, job …), qui tu es quoi!
Salut ! Je suis maintenant un vieux punk de 35 ans, qui passe encore
beaucoup de son temps à écrire, photocopier et assembler
un petit zine. Je fais aussi partie d’une asso de concerts à
Nancy (Kanal Kysterik). Sinon, dans la vie civile, je suis prof d’anglais
dans le lycée de ma ville.
2.
Pour ceux/celles qui ne connaisse pas Earquake (?) tu peux tous nous
dire sur ton zine (pourquoi ce nom, depuis quand il existe, tirage,
choix du format …)
Et bien Earquake est un zine photocopié en format A5. Il a paru
pour la première fois en 1988 (le premier n° était
écrit à la main). Il a d’abord été
mensuel pendant un peu plus d’un an, puis il est sorti pendant
une dizaine d’années tous les deux mois. Maintenant, j’essaie
de le sortir tous les 3 ou quatre mois car j’ai beaucoup de boulot
à côté. Il fait 28 pages et dedans on y trouve quelques
interviews (quelquefois une seule, je privilégie la qualité
à la quantité) et beaucoup de chroniques (musique, zines,
livres) et des news / contacts. Le choix du format, c’est un compromis
obligatoire entre la quantité de ce que je veux mettre dedans,
le A4 plié en deux est pratique pour la photocopieuse et pour
les envois par courrier. Au départ, je voulais l’appeler
Earthquake (tremblement de terre), le n° zéro est sorti sous
ce nom, car le week-end ou je l’ai assemblé il y avait
eu un terrible tremblement de terre. Mais pour le n° suivant, j’ai
fait un logo en style punk classique avec des lettres découpées,
et en les recollant, j’ai collé le « q » avant
le « t », ça faisait « Earquake », un
jeu de mot sympa (« séisme auditif »). J’ai
tenté de changer de nom une ou deux fois pour prendre un nom
en français, mais j’y ai à chaque fois renoncé
au dernier moment.
3.
Earquake, c'est ta première expérience niveau zine?
Oui, quand le premier numéro est sorti, ça faisait des
mois que je taraudais mes copains punk feignants de l’époque
de faire quelque chose. Ils m’ont suivi le temps de deux ou trois
numéros et après je me suis retrouvé tout seul
derrière la machine à écrire. Auparavant, j’avais
créé un tape label qui faisait des cassette démos
et compiles.
4.
Qu'est ce qui ta donné envie de faire un zine? Quels étaient
tes buts au départ? Tu pense avoir atteint ton objectif?
Je n’avais pas vraiment de buts au départ, à part
me créer un réseau de relations dans la scène punk,
vu que je vis dans une région assez isolée. Quand j’ai
commencé le zine, je jouais dans un groupe, et on voulait se
faire connaître auprès des zines, je pensais qu’en
faire un moi même serait un bon moyen de faire le premier pas.
J’avais quelques résolutions au départ tout de même,
comme d’essayer d’avoir un rythme régulier, et de
toujours garder quelque chose qui soit fait personnellement de A à
Z (courrier, rédaction, mise en page, photocopies, agrafage,
envois, distribution…), et de ne jamais prendre de pubs payantes.
Je m’y suis tenu (sauf pour le rythme régulier maintenant…).
5.
Qu'est ce qui te motive après toutes ces années? Tu pensais
sortir autant de numéros (bientôt 80!)? Que t'apporte Earquake?
Bien sûr, quand j’ai commencé, je voulais faire un
zine qui ressemble en gros à ce que j’aurais envie de lire.
Je lisais beaucoup de zines à cette époque, et la plupart
cessaient de paraître au bout de deux ou trois n°s. Donc,
je me suis dit que je me sentais capable de m’investir dans le
truc plusieurs années. Je pensais que dix ans ce serait déjà
pas mal, c’est sûr que je ne me voyais pas, à trente
cinq ans, bosser sur un n°80… Si je continue, c’est
que le zine m’apporte quelque chose. Certes, ça coûte
de l’argent de sortir un zine, surtout quand il est échangé
contre des timbres… Mais ça me permet de recevoir quelques
disques que je ne trouverais nulle part (du HC finlandais, du punk mexicain,
une démo du Népal…) et surtout, par échange,
de lire des tas de fanzines. Et j’adore lire les zines encore
plus que de faire le mien. Ensuite, ça m’a permis de sympathiser
avec un nombre appréciable, même s’il est finalement
restreint, de personnes avec qui j’ai plus d’affinités
qu’avec les gens que je côtoie au quotidien. C’est
vraiment le côté relationnel qui fait que je continue encore.
6.
Parlons business! En gros ça te reviens à combien de faire
un zine (imprimerie, port, flyers…)? Tu arrive à rentrer
dans tes frais? Ça a pas été trop dur au début?
Je dois dire que je ne tiens pas de compte de l’argent qui sort
ou rentre avec le fanzine. Quand un zine sort, il faut d’abord
l’imprimer, et les photocops me reviennent à 23cts. Un
zine, c’est 14 copies, donc un prix de revient de 3F22. J’en
imprime 400 à chaque fois. Ensuite, je fais environ 400 planches
de flyers au même prix. Ca fait donc environ 1350 F de photocops
à chaque numéro. Dans tout ça, je ne compte pas
le toner de mon imprimante. Ensuite, les numéros, il faut les
envoyer (ça coûte 4,20F pour chaque ex, plus cher que l’impression
!). Le budget courrier est donc plus gros que le budget impression (!),
c’est pour ça que je demande des timbres en échange
du zine. Il est évident que mon imprimeur ne prend pas des timbres
en paiement, et donc, il y a les abonnements qui couvrent une partie
de ce coût, mais une partie seulement. A côté de
ça, j’ai une petite liste de distro avec des articles vendus
sans profit (les démos de groupes, quelques CDs) et d’autres
(quelques K7, CDs, les promos qu’on m’envoie) avec une petite
marge de bénef qui j’injecte dans le zine. Rentrer dans
ses frais est donc totalement impossible, et d’ailleurs je ne
l’envisage absolument pas. Ca correspondrait à se plier
aux lois du marché, à adopter les stratégies commerciales
auxquelles je n’adhère absolument pas : chercher à
optimiser ses coûts / son temps, accepter de louer des pages de
pub, vendre uniquement si on est sur de rentrer dans ses frais, etc.
Le zine est une passion, et toute passion coûte de l’argent
(aller à la pêche, faire du sport, regarder la télé,
fumer, boire…). Parmi tout ça, j’ai fait mon tri,
et ça ne me dérange pas de consacrer le fric que je passe
ma vie à gagner à ma passion (privilégier un plan
épargne logement, c’est ça qui est punk ?).
7. Tu fait quoi en dehors du zine (label, distro, assos, groupe…)?
En dehors du zine, il m’arrive de participer à la réalisation
de certains disques / zines / livres, si ce sont es projets qui s’inscrivent
dans ma façon de voir les choses (réalisations DIY, coopération
de plusieurs personnes sur un projet qui n’est pas juste un objet
à vendre). J’ai aussi ma petite liste de distro, je recherche
des disques rares, je fais partie d’une asso de concerts…
Sans rapport direct avec la scène punk, je suis aussi délégué
syndical (Ecole Emancipée, le syndicat anarcho syndicaliste de
l’Education Nationale) dans mon bahut, ça prend pas mal
de temps. Jouer de la musique, ça ne m’intéresse
plus tellement, à part jouer de la guitare pour mon plaisir personnel.
Et dans le temps libre qu’il me reste, j’aime bien me bouger
(nager, courir, faire du vélo, du cheval…) et aussi lire.
8.
Tu as eu quelques déboires avec notre belle justice; si ça
te dérange pas, tu peux nous raconter cette sordide histoire?
Oui, j’ai été poursuivi pour publication illégale
et travail clandestin il y a deux ans et déclaré coupable.
Durant l’enquête, les flics sont venus perquisitionner chez
moi, ils ont regardé le contenu de mon ordi (heureusement, le
fichier des abonnés est sur une disquette bien planquée),
ils ont confisqué des t-shirts que j’avais fait fabriquer,
un disque et une cassette. Ca a été un moment un peu dur,
heureusement il y a eu le soutien concret de quelques personnes (chez
qui j’ai caché tout ce que je ne voulais pas que les flics
voient, car après la première convocation / interrogatoire,
j’ai flairé qu’ils allaient débarquer dès
le lendemain pour fouiller mon appart). J’ai tenu à sortir
le fanzine sans retard durant tout le temps ou il m’a été
notifié l’interdiction de le faire paraître. J’ai
été déclaré coupable et j’ai eu de
grosses amendes à payer (plus de 10000 F en tout). Des gens m’ont
proposé de faire des concerts de soutien ou de m’envoyer
un peu de thunes, et c’est cool de voir qu’il peut y avoir
une solidarité concrète dans la scène, mais j’ai
refusé cette aide car je pense qu’il y a des gens qui ont
des problèmes plus graves avec la justice (squats expulsés,
prisonniers politiques, militants poursuivis pour diverses raisons).
Je ne pense pas être le seul punk avec un casier judiciaire (ce
dernier n’était d’ailleurs pas vierge, ce qui n’a
pas joué en ma faveur…) et surtout, vu comme tout s’est
déroulé (enquête, procès) j’emmerde
ces connards. De toutes façons, le moyen que trouve la démocratie
de stigmatiser ceux qui ne rentrent pas dans le rang (quels qu’ils
soient), c’est premièrement de les cantonner dans un statut
minoritaire (de rabâcher, même de louer ce statut «
minoritaire » jusqu’à ce que les intéressés
eux mêmes intègrent bien qu’ils sont « minoritaires
» et donc vulnérables, qu’ils doivent se tenir particulièrement
à carreau, n’étant que « tolérés
»), et deuxièmement de les criminaliser ou de criminaliser
leurs comportements, leurs pratiques (pour les tenants de la pensée
« majoritaire », c’est plutôt l’amnistie
qui est à l’ordre du jour ! Amnistie pour les députés,
amnistie pour le gros Robert dont le seul crime est de rouler un peu
vite en voiture). « One law for them, and another law for us »
!
9.
Si ton zine n'avais aucun lien avec le punk; si Earquake était
un zine metal, ciné, bd…, tu pense que tu aurai eu quand
même ce genre d'emmerdes? Le punk serait il donc une menace pour
certains? Si oui ça te fais pas un peu plaisir, même si
c'est à tes dépends?
Je pense qu’il y a des zines bien plus « menaçants
» qu’Earquake. Mais il est sûr que l’état
ne s’attaque qu’aux gens sur lesquels il y a une sorte de
consensus négatif de la part de la population. Les punks, contrairement
aux rappeurs (je parle des stars du milieu, pas du petit rappeur de
quartier, plus victimisé encore que les punks) par exemple, n’ont
pas le soutien d’intellectuels, d’animateurs télé,
de grosses compagnies de l’industrie de la distraction. Par exemple,
les flics sont venus interrompre un de nos concerts, sans que ça
n’émeuve l’intelligentsia nancéienne, qui
se serait sans doute mobilisée pour un concert rap interdit.
Bah, j’ai choisi mon camp, qu’importe le cours du temps…
10.
Il y a des trucs à éviter pour ne pas avoir ce genre d'embrouilles?
Tu as des conseils?
Un seul conseil, rester illégal mais être discret, ou monter
une association et faire tout dans les règles.
11.
Je suppose que cette affaire a du être préjudiciable financièrement?
Et moralement? T'as pas eu envie de laisser tombé le zine sur
le coup?
Non, sur le coup je n’ai pas eu envie de tout laisser tomber.
Je me suis dit que j’aurais une amende, vu le dossier elle ne
pouvait pas être très forte (l’amende était
de 2500 F, c’est l’URSAFF, qui s’était porté
partie civile qui a demandé 4000F de dommages et intérêts,
et les impôts qui m’ont réclamé le restant
en « cotisations patronales », trop fort !). J’ai
ma fierté, j’ai assumé.
12.Bon
parlons d'autre chose! Alors Fred, t'es plutôt punk, ou HC? Pourquoi?
Tu n'en à pas marre que désormais on place une frontière
entre ces 2 styles, à la base, plus que proche?
Musicalement, je ne fais pas de différence entre punk et HC,
entre Minor Threat, un bon vieux Siouxie, XTC, Motörhead, etc.
Mais c’est sûr que ces termes sont devenus des étiquettes
auxquelles certains (groupes, individus, collectifs divers) ont choisi
de se conformer à la lettre. C’est complètement
débile. Etant d’une époque ou on ne faisait pas
ces différences, je préférerai le qualificatif
de punk de la vieille école. Les slogans du style « hc
is a way of life » (en anglais s’il vous plaît) et
surtout les jeunes adolescents qui en ont fait un guide pour leur vie,
ça me fait trop rire. Imagine ton gros hardcoreux tough guy qui
sort en survet de faire ses courses au Aldi. Qui fait son lit le matin.
Imagine ton créteux qui se fait engueuler par sa copine parce
qu’il ne veut pas descendre les poubelles, qui va manger chez
sa grand mère le dimanche… Ton anarcho punk apatride qui
écrit soigneusement « nationalité française
» sur sa demande de RMI, qui va acheter ses clopes ou sa Kronembourg
avec son t-shirt « only stupid bastards help Epitaph »…
Prolétaires nous sommes, tous à égalité,
alors rejetons toutes les étiquettes qui nous cloisonnent, même
au delà de la scène punk, surtout quand c’est dans
des mondes semi imaginaires, et rejetons aussi le mythe de l’unité
(hé les mecs, il faut tous se ressembler, se fringuer pareil,
acheter les mêmes disques – surtout les miens, être
une menace par correspondance, etc.). Ouvrez les yeux, regardez comment
vivent les jeunes dans d’autres pays et apprenez ce que c’est
que l’oppression !
13.
T'écoute quoi en ce moment? Tes groupes préférés?
D'après tes chroniques, tu m'a l'air plutôt ouvert musicalement;
y a t'il des styles que tu ne supporte pas? Pourquoi?
En ce moment, ce sont surtout des vieilles choses, des compiles style
« back to front », « killed by death », «
teach yourself punk rock » en ce qui concerne le punk, et puis
les compiles Treasure Isle, Trojan en ce qui concerne le ska / reggae.
Quant aux styles que je ne supporte pas, il y en a peu, (le rap, le
jazz, la techno) et même dans ces styles il y a des choses que
j’aime bien : en rap il y a Public Enemy ou NWA…. En jazz
et en techno, là par contre je ne vois pas…
14.
Que pense tu de la scène punk/HC en France actuellement? Toi
qui la fréquente depuis un moment, comment juge tu son évolution,
ou régression? Qu'est ce que tu aime et déteste dans cette
scène?
Je ne sais pas trop quoi dire sur ce vaste sujet… La scène
punk / hc évolue sans cesse et pourtant il semble que ses acteurs
principaux soient les mêmes depuis de nombreuses années,
ce qui tendrait à signifier que les nouveaux venus ne s’investissent
pas dans la durée, ou passent rapidement à la vitesse
supérieure (le côté bizness de la force). Mais il
est vrai que j’ai tendance à entretenir des relations surtout
avec des gens que je connais depuis longtemps, alors ma vision est peut
être faussée. Ce que je n’aime pas dans cette scène,
c’est le cloisonnement qu’il peut y avoir, et la méfiance
ou un certain mépris des gens les uns envers les autres pour
des broutilles.
15. Et le milieu zine, tu le vois comment? Quels sont tes zines
préférés? Tu te rend compte qu'Earquake est le
point de départ de beaucoup de zines actuel? Tu en est fier quelque
part?
Le milieu zine est un microcosme même s’il est en pleine
expansion. On retrouve un noyau dur de gens qui sont là depuis
longtemps, il y a plus de solidarité dans ce petit milieu car
les rapports y sont basés sur l’échange. Je ne sais
pas si Earquake est le point de départ de beaucoup de zines,
moi même j’ai été influencé par des
tas de fanzines, alors le mien est juste un maillon de plus dans cette
chaîne.
16.
En plus, depuis la fin de No Government, tu es un des seul rescapé
des "vieux" zines! Comment cela ce fait-il que beaucoup de
zines sortent quelques numéros et basta? Motivation, argent,
temps, peu d'intérêt, peu de lecteurs/trices…? T'es
d'accord avec ceux/celles qui disent que c'est surtout ceux/celles qui
font des zines, qui les lisent?
Ce sont effectivement surtout ceux qui font des zines qui les lisent,
et c’est bien normal. Toute personne qui lit des fanzines a un
jour ou l’autre envie de commencer le sien. C’est ce qui
s’est passé pour moi, et je crois que c’est un peu
le but du jeu de toutes façons. C’est bien que des gens
restent actifs et que leurs zines soient comme des points de références
fixes dans une scène en perpétuel mouvement, mais il y
a des zines qui n’ont paru que le temps de deux ou trois numéros
et qui étaient excellents. Ca n’enlève rien au plaisir
de lire de savoir qu’un zine est le n°0 et qu’il sera
le dernier, ou qu’un autre est le n°230… La motivation
peut fluctuer en effet, et alors il est inutile de se forcer, ça
doit rester quelque chose qui est fait pour le plaisir, ce n’est
pas un travail !
17.
Le prix des zines, en général, est très bas; alors
pourquoi ce manques d'intérêt pour les zines? Manque de
curiosité? Parce que le punk/HC c'est de la musique, donc des
disques… et rien d'autres? …? C'est pareil en dehors de
la France?
Le manque d’intérêt pour les zines est le simple
reflet du manque d’intérêt des gens pour la culture
en général et pour la chose écrite en particulier.
Nombre de personnes préfèrent les plaisirs immédiats
: drogue, alcool, musique, concerts, fêtes…
18.
Es tu sXe? Ton avis sur ce mouvement?
Je ne bois pas d’alcool, je ne fume pas, je fais du sport, mais
ça ne suffira pas à faire de moi un straight edge, étiquette
que d’ailleurs je ne revendique pas. Comme tous les mouvements,
il est empreint de dogmatisme et de principes moraux. Et d’ailleurs
le sXe illustre bien à quel point des principes en eux mêmes
positifs peuvent devenir caricaturaux, ridicules, contraignants et puants…
Ce mouvement pullule de petits curetons, et de cons méprisants,
qui de toutes façons auront « évolué »
dans quelques années ou mois…
19.
Depuis quelques temps, il y a de plus en plus de chroniques livres dans
Earquake; tu compte continuer dans cette voie? Est aussi une façon
de montrer que l'esprit punk (D.I.Y., contre-culture, politique…)
ne se trouve pas uniquement dans la musique? C'est quoi tes livres de
chevet? Auteurs que tu préfère?
J’essaie de chroniques des livres qui ont un petit rapport avec
le punk. Malheureusement, la plupart des livres ne sortent pas de façon
DIY, mais ce serait bien que le monde du livre voie se développer
en son sein une mouvance DIY comme il en existe une dans la musique.
Pour l’instant, ça semble se limiter à des brochures,
ou à des livres publiés à compte d’auteur
(et donc fabriqués quand même par un éditeur). Mes
livres de chevet c’est très banalement « the catcher
in the rye » de Salinger, et puis aussi tout ce qu’à
écrit George Orwell, qui est un de mes auteurs préférés
avec James Joyce que je place lui en tête de liste. Bref, que
du classique.
20.
A travers tes chroniques, interviews, il y a souvent des critiques politico-social,
coup de gueule, ou prise de position… pourtant il n'y a jamais
d'articles politique, ou textes d'opinions dans ton zine, pourquoi mon
p'tit Fred? Tu ne te sent pas à l'aise pour mettre ça
sur papier? Parce que tu considère Earquake comme un zine avant
tout axé musique (même si tu aborde pleins de sujets extra-musicaux)?
Non, il n’y a plus d’articles d’opinion dans Earquake,
car… il y en a eu dans certains numéros. Tout simplement
car je ne suis pas fan de la lecture de tels articles moi même,
alors en écrire ne me motive pas tellement. Oui, je préfère
la remarque au détour d’une chronique, il y a des choses
qui, vu le lectorat qui partage en gros mes opinions, ne nécessite
pas de développement. Mon activité syndicale implique
ce genre de travail (rédiger des articles, communiqués
de presse, interventions orales), ça me prend plus de temps que
de rédiger une chronique alors je n’en rajoute pas avec
le zine. Oui, Earquake est avant tout un zine consacré à
la musique, mais en insistant sur la façon dont cette musique
est produite diffusée, les textes / paroles, l’attitude
des gens qui la produisent, leurs buts, etc. La musique est intégrée
dans une démarche « globale », reflète une
façon de voir le monde, de concevoir les rapports entre les gens.
21.
Tu as eu droit à un article dans Rocksound spécial punk,
comment ça c'est passé? Ton avis sur ce mag très
hype? Est ce que tu crois que ces hors-série peuvent apporter
quelques choses au punk? Est ce que des lecteurs/lectrices de Rocksound
ton écrit suite à cet article? Moi j'ai bien découvert
Earquake grâce à une petite annonce dans Hard-Rock Magazine!!!
Ca s’est tout simplement passé par un contact téléphonique
avec Frank le rédacteur (ancien abonné à Earquake)
qui m’a proposé ça. J’ai accepté après
réflexion et avoir pesé le pour et le contre. Ce mag est
très hype en effet, je pense qu’il peut jouer un rôle
de filtre pour notre scène. Ceux qui se contentent des gros groupes
ne liront que cela et ne liront / ne feront pas de zines. Et ça
peut inciter les gens plus curieux, plus motivés, plus «
politisés » (au sens punk du terme) à s’investir
de façon plus sincère dans la scène DIY. Il faut
bien commencer par quelque chose. Mai il est sur, que toute une scène
musicale « punk » commerciale risque de fleurir autour de
ce mag, avec des groupes et des gens qui ne connaîtront du «
punk » que ce qu’ils trouvent au supermarché culturel
du coin… Peu de gens m’ont écrit suite à cet
article je dois dire.
22.
J'ai remarqué que tes chroniques sont rarement négatives;
comment ça ce fait?!? Tu essai avant tout de respecter l'effort
des groupes, en restant objectif bien sur?
Il est rare que je descende en effet un groupe, car si je n’aime
pas quelque chose, je ne le chroniquerai pas forcément. Mais
de temps en temps j’aime bien choisir un disque et en faire une
chronique bien laide car il représente une tendance que je n’aime
pas : le côté business, le côté « musique
de djeunes », le côté clone américain, le
côté tough guy hardcore de la mort… Si c’est
une réalisation DIY, il est vrai que je privilégierai
l’intention à la qualité musicale qui est de toute
façon subjective. Ce qui me plaît toujours c’est
les gens qui se plaignent que mes chroniques sont trop sympas, et quand
je malmène un peu leur zine ou un disque qu’ils ont produit
viennent se plaindre en se trouvant toutes les excuses du monde…
23.
Qu'est ce que tu "juge" en premier chez un groupe; sa musique,
ses textes ou sa démarche? Les groupes qui se prétende
punk/HC et qui n'on rien à dire, ou sont apolitique, ça
t'irrite?
En priorité, je juge si leur musique me parle, ensuite je m’intéresserai
à leur démarche et à leur texte, en vérifiant
qu’ils ne se contentent pas d’être stéréotypés
ou faciles. On est pas toujours bien placés pour dire si des
gens sont apolitiques, on ne les fréquente pas tous les jours.
Combien de gens se revendiquent SCALP, RASH etc.. alors que dans la
vie réelle cette activité politique se limite à
quelques réunions entre potes étudiants, quelques collages
d’affiches dans les quartiers étudiants… Il y a des
groupes réputés apolitiques qui me paraissent à
moi hautement politiques (4 Skins, La Souris Déglinguée…)
et le contraire est vrai (moult groupes crust antifascistes de base…).
24.
Tu aime bien les cassettes, pourtant ce support a quasiment disparue;
même si il est très présent en Amérique du
Sud et dans les pays de L'Est, sans oublier les mix-tapes dans pour
le rap. Qu'est ce qui faisait le charme d'une bonne vielle K7 ? Ton
avis sur les CD rec. ? Et les groupes qui sortent leur démo sur
ce support pour faire plus pro? (en prétextant qu'ils auront
plus de crédibilité chez les organisateurs de concert
avec un CD plutôt qu'une cassette)
La cassette a cela de bien qu’elle permet de maîtriser de
A à Z la production. En plus on sait que quelqu’un a pris
du temps à la concevoir (copie, pochette, etc.). En plus, dans
une scène ou l’échange a une grande importance,
elle est copiable à volonté, est légère,
solide et peu chère à expédier à l’autre
bout du monde, facile à transporter dans une poche, etc. Le CDR
présente certains de ces avantages mais est plus fragile et nécessite
un certain investissement au départ, ainsi qu’une certaine
maîtrise technique. Ce qui est bien avec le CDR, c’est qu’il
a démythifié le CD qui était présenté
à l’origine comme la marchandise parfaite (incopiable à
ses débuts), et qu’il contribue au retour en force du vinyle
(devenu seul support « noble »). Je ne pense pas qu’un
CDR ça fasse plus pro, tout dépend de comment la chose
est présentée en effet. On préfère toujours
recevoir un objet sur lequel on voit que quelqu’un a consacré
un minimum d’effort. C’est vrai que la cassette se prêtait
bien à toues sortes de présentations non standard, mais
avec un peu d’imagination, le CDR le peut aussi.
25.
Voilà, j'en ai terminé avec toi Fred! Merci de me donné
ton avis objectif sur cette modeste interview. A toi de finir maintenant…
Merci pour l’intérêt que tu as porté à
mon zine et pour cette interview, bon courage à toi !
Frédéric
Leca
Le Ménil
88160 Le Thillot
[MONONOKE #01]