Yo! Je vous l'avais bien dit qu'il y aurait toujours du hip-hop dans
mon zine! Pour ce numéro 2, c'est un groupe du nord de la France,
BES. Je l'ai découvert grâce à PILOOPHAZ. Même
si j'ai moyennement apprécié à son premier CD (d'un
point de vue strictement musical), j'ai tout de suite accroché
sur sa démarche, sa façon de faire sans s'occuper des
autres. Une forte personnalité, des textes forts et une ambiance
ténébreuse, bref BES m'intriguais beaucoup. Alors pour
en savoir un peu plus et pour l'aider à se faire connaître
dans notre milieu, je lui ai envoyé ces quelques questions. Merci
à lui et à DJ DN. Et n'oubliez pas d'acheter son nouveau
CD!!
01.
De qui est composé le groupe BES?
BES: Alors BES n'est pas un groupe, mais une personne, moi. Après
il y a des personnes qui m'entourent, Soza (un nouveau MC qui pose sur
mon nouvel album au passage) et DJ DN qui s'occupe des scratches, des
pochettes et des quelques paperasses.
02.
Ca fait longtemps que tu es en activité? Quelle est ta discographie
actuellement, mix-tapes comprises? Des débuts à aujourd'hui,
raconte-moi l'histoire de BES!
BES: J'ai dû commencer vers 96/97' à écrire mes
premiers textes et rapper puis plus tard, un peu par obligation, j'ai
fait mes propres musiques, vu que je n'avais personne à l'époque
pour m'en faire. Au début j'ai fait énormément
de petites scènes dans ma région puis en 99' est sorti
mon 1er maxi vinyle qui a vraiment été fait à l'arrache
avec peu de moyens et peu de connaissance en la matière, puis
en 2000 j'ai sorti mon premier album CD "Maléfice"
avec ses qualités et ses défauts. L'année suivante
moi et mon DJ, on a réuni des groupes plus ou moins connus de
France et même de Belgique pour sortir la street-tape "Expression
Libre" qui a reçu un bon accueil. Ensuite en 2002 j'ai sorti
mon 2ème album "Politiquement Incorrect" avec quelques
invités (L'ouragan, Piloophaz, Ex-Echo, Doc Lecteur). L'année
dernière DN s'est occupé de sortir le deuxième
volume d'Expression Libre en allant chercher les groupes encore plus
loin pour certains (Russie, Roumanie). Et pour finir d'ici peu sort
mon nouvel album. Durant tout ce temps j'ai posé sur quelques
mix-tapes: Maximum boycott, Koi 2.9 dans l'hexagone, T-Roro tape et
d'autres sont à venir dont "Il faut sauver le rap français"
03.
Où se situent tes influences? Quels groupes t'ont inspiré?
BES: J'écoute énormément de son de la scène
indépendante new-yorkaise, des labels comme Def Jux, Eastern-Conference
ou des MC's comme Necro, MF Doom, Kool Keith, J-Zone...
04.
L'ambiance qui se dégage de tes morceaux est assez sombre et
brute, pour ne pas dire brutale même. C'est le but recherché?
BES: Dès que je commence une instru, je ne me dis pas: "je
vais faire un son hardcore", mais au final ça sonne brut,
ça sort naturellement, je serais incapable de faire autre chose.
05.
Pour les textes, j'y ressens beaucoup d'amertume et de dégoût.
Qu'essaies-tu de faire passer à travers tes paroles? Quels sujets
abordes-tu?
BES: La rage dans un premier temps car quand je constate l'état
du monde dans lequel on vit je ne peux pas parler d'amour, il y a tellement
d'injustice, de corruption, d'abus alors j'ouvre ma gueule. Dans un
sens je suis dégoûté car on ne peut rien changer
et ça va en s'empirant, soit on reste pleurer sur son sort, soit
on gueule son mécontentement, j'ai choisi la deuxième
solution.
06.
Et dans ta vie personnelle, ça t'apporte quoi? Une catharsis?
Un échappatoire?
BES: Faudrait demander à mon psy! Mais plus sérieusement
ça me permet d'extérioriser ma colère et puis ça
fait vraiment du bien de pouvoir exprimer son opinion, ses idées...
07.
Globalement, êtes-tu satisfait de ton second CD "Politiquement
Incorrect"? As-tu eu de bons échos dans le milieu hip-hop?
Combien de vendus?
BES: Globalement ça va, je sais où sont mes lacunes et
j'ai essayé d'améliorer le truc pour l'album qui arrive.
Avec du recul, je trouve que mes musiques étaient trop basiques
et que mon flow était assez pourri, voilà pour mon autocritique.
Mais bon j'ai eu de bons retours de personnes qui ont bien kiffé
et ça fait plaisir, ça m'a permis aussi de poser sur d'autres
projets extérieurs.
08.
Comment le juges-tu par rapport à "Maléfice"?
Penses-tu avoir progressé? A quels niveaux?
BES: Disons que "Maléfice" m'a servi d'expérience,
c'était la première fois que j'allais en studio, par rapport
à "Politiquement Incorrect", ouais je pense avoir progressé
dans tout (Flow, instrus). Les 2 albums sont assez différents
musicalement, le deuxième était moins sombre, plus varié,
je voulais que ça sonne hip-hop actuel, je ne voulais pas reproduire
la même ambiance que sur "Maléfice". Sur le nouveau,
je reviens vraiment vers des sons beaucoup plus dark, c'est dans ma
nature, et j'y peux rien, je me fous littéralement du hip-hop
actuel, j'ai fait ce que j'aimais sans penser à qui ça
va plaire ou pas, sans but commercial, c'est juste mon putain d'univers!
09.
Maintenant parle-moi des différents featuring du disque et comment
se sont présentées ces rencontres.
BES: Doc Lecteur et L'ouragan viennent de la même ville que moi,
on se connaît depuis pas mal d'années donc comme j'avais
l'occas de sortir un album, je les ai invité. Ils l'étaient
d'ailleurs déjà sur le premier. Piloophaz, on était
en contact depuis quelques temps, après la sortie de "Maléfice"
et j'aimais bien ce qu'il faisait, quant à Ex-Echo, un des membres
du groupe a de la famille dans la région, il connaissait L'ouragan
et puis le groupe avait posé sur notre Street-Tape.
10.
Quelle est ton opinion du hip-hop français? Avec quels groupes
as-tu des affinités?
BES: Qu'il crève, 90% de ce qu'il fait aujourd'hui c'est de la
merde! Je me rappelle à l'époque il y avait des groupes
comme Timide et sans complexe, Ministère Amer, ou même
les premiers Assassins ou NTM, des gens qui prenaient pas le micro juste
pour faire des belles rimes comme c'est le cas aujourd'hui, y'avait
un message, une révolte. Je n'ai pas vraiment d'affinité
avec les groupes, je me suis mis volontairement un peu à l'écart,
sur mon nouvel album il y a comme invité Loco de La Casa del
Phonky et autrement mon pote Soza, je ne me reconnais plus dans le mouvement
hip-hop, je fais mon truc dans mon coin sans sucer personne et ça
me convient parfaitement.
11.
Vous êtes responsable de la mix-tape "Expression Libre",
vous pouvez m'en dire un peu plus sur ce sujet?
BES: J'ai lancé l'idée en Mars/Avril 2001 parce que je
voulais faire quelque chose pour promouvoir mon rap et celui que j'aime.
DN: Au début ça ne me semblait pas très réalisable
vu qu'on ne connaissait pas grand monde (3 groupes) et que même
si on y arrivait, il faudrait écouler le peu qu'on aurait fabriqué
(300 ex.). Sans se donner de délai, ni d'objectif à part
choisir des mecs sérieux, investis et intéressants, on
a chacun cherché des groupes de notre côté. Au bout
de 3-4 mois on avait déjà la liste et quelques morceaux
de reçus, le projet prenait forme et au final en 9 mois, en décembre,
la K7 sortait. Une quinzaine de groupes ou rappeurs solos peu ou pas
connus de l'underground à qui on a demandé un titre ou
freestyle inédit, thème libre, ont répondu à
l'appel et on n’a même pas eu à faire de tri, tout
convenait. Y'en avait pour tous les goûts. Pour la distribution
on a demandé l'aide des groupes qui venaient de toute la France,
les magazines l'ont chroniqué, et elle a reçu un bon accueil.
12.
Souhaites-tu rester indépendant? "Gagner sa vie" dans
le rap, et surtout sans faire de compromis, c'est possible à
ton avis? Comment vois-tu les majors?
BES: Je compte rester indépendant et gagner ma vie sans faire
de compromis, les maisons de disques sont là pour faire du business,
pas de la musique donc je les emmerde et même si j'ai pas les
mêmes moyens que les autres groupes de rap en matière de
studio, de promo et de distribution, je m'en bats les couilles car je
conserve ma liberté artistique et ma dignité!
13.
Tu emmerdes l'alcool, le shit, l'ecstasy et toutes les autres drogues
(télé y compris?). Peux-tu être plus clair? Considères-tu
les drogues comme un moyen de contrôle? Une façon de canaliser
et endormir les esprits trop critiques ou contestataires?
BES: J'emmerde les drogues car je connais les conséquences de
toutes ces merdes, si tu veux qu'à 50 balais il te reste que
3 neurones dans le crâne, vas-y consomme! L'autodestruction n'est
pas une solution au contraire, au final tu souffres 10 fois plus qu'avant
d'avoir commencé et puis moi je veux pas être esclave de
quelqu'un ou de quelque chose.
14.
D'ailleurs, ne crois-tu pas que toute cette guerre à la drogue
ne soit qu'une vaste farce hypocrite? La dépénalisation
du cannabis, plutôt pour ou contre?
BES: Ca pue l'arnaque, on est si peu informé, je reste persuadé
que si le gouvernement voulait réellement combattre la drogue,
on n’en trouverait pas si facilement, je sors de chez moi et si
je veux en moins d'un quart d'heure j'ai 3 pilules d'ecstasy et 2 grammes
de coke donc elle est belle la guerre contre la drogue! Quant à
la dépénalisation, je suis plutôt pour, plutôt
que de faire des leçons aux jeunes sur le cannabis, ils devraient
plutôt regarder le nombre d’alcoolos qu'il y a dans leur
cher beau pays!
15.
Le refrain de "Buter un prof" est assez explicite et bourrin,
tu n'as pas peur qu'il soit mal pris? As-tu entendu des réactions
à son sujet?
BES: Ouais on m'a dit que des enfants pouvaient m'écouter et
mal interpréter le truc, mais moi j'en ai rien à foutre,
je fais pas de la musique pour les enfants, je ne m'appelle pas Lorie!
Certaines personnes m'ont dit également que pour elles ce morceau
était un exutoire, tu rentres des cours blasé, tu mets
la chanson et ça soulage sans pour autant le lendemain te ramener
en classe avec un couteau pour égorger un prof et puis moi je
me rappelle quand je revenais de l'école le soir, tellement ils
me prenaient la tête j'avais vraiment la rage contre eux. Maintenant
faut pas faire de généralités mais il y en a vraiment
des cons qui donnent envie de: "buter un prof..."
16.
Quelle est ton opinion du milieu scolaire? Qu'est-ce qu'il faudrait
y changer selon toi?
BES: Pour moi le système scolaire c'est du dressage, soit tu
rentres dans leur jeu, soit ils te foutent sur la paille! Enormément
de choses sont à revoir dans leur programme et leur méthode.
A 15/16 ans on te demande ce que tu veux faire plus tard mais à
cet âge t'as pas forcément assez de recul pour savoir à
100% ce que tu vas faire de ta vie et si tu travailles pas t'es un cancre
donc on te fout en apprentissage de merde pour avoir un CAP de merde
alors que t'as peut-être d'autres capacités mais qui ne
seront pas exploitées si tu te laisses écraser par leur
pédagogie, je pourrais débattre encore longtemps sur le
sujet mais bon en gros les méthodes de l'éducation nationale
ne sont pas adaptées pour tous.
17.
Ici prend fin cette interview. Au fait, que t'inspire le mouvement punk?
BES: C'est un mouvement que je respecte énormément car
depuis le début il me soutient, à la base je connaissais
pas du tout, mais petit à petit j'ai commencé à
m'intéresser au truc, on tient à peu près les mêmes
discours et je trouve que le mouvement punk a beaucoup plus d'authenticité
que le mouvement hip-hop donc voilà quoi, et puis merci à
toi et ton fanzine de m'avoir permis de m'exprimer et bonne continuation!
[MONONOKE #02]